Titre: l'ancêtre noire
Auteur: Albert Russo
L’ancêtre noire nous raconte l’histoire de Léodine, une fillette blanche du Katanga se découvrant des origines noires dans la société coloniale Belge de l’après deuxième guerre mondiale, juste avant l’indépendance. C’est une des constantes des romans africains d’Albert Russo que de nous interroger sur ce qui constitue l’identité d’une personne.
De nationalité Belge, né d’un père italien et d’une mère anglaise, francophone et anglophone de langues parentales, écrivant d’ailleurs dans l’une ou l’autre langue sans exclusive, Albert Russo pourrait être un des héros de ses romans. Soyons franc, il l’est. La problématique qu’il développe est simple : dans un monde binaire, ou l’on doit être A ou B, noir ou blanc, comment appréhender les différentes nuances du spectre de la vie ?
Comment être noir ou blanc quand on est noir et blanc ? Il ne s’agit pas ici de jouer sur les mots. La question qui vient d’être posée pourrait paraître banale, tant elle s’intègre dans le discours lénifiant et moralisateur dans lequel nous baignons. Mais nous vivons une époque où les mots ne sont que des mots, les idées des idées, les deux étant confinés dans l’abstraction, comme si le fait de les énoncer suffisait à régler la question. L’élément absent d’une telle vision est l’action. Ainsi, plutôt que d’agir, on change les mots pour escamoter ce qui nous gêne. Qu’est-ce qu’un noir devenu black ? Un arabe rebeu. Nous sommes en présence d’une peur viscérale du réel et cette solution n’est qu’un leurre, une lâcheté qui consiste à mettre le plus de distance entre soi et le monde, qui ne contentent que les autruches du politiquement correct et de la bonne conscience dégoulinante. Appeler un aveugle un non voyant ne lui rendra pas la vue. Appeler un paraplégique une personne à mobilité réduite ne lui rendra pas la faculté de marcher. Il vaudrait mieux construire la ville de façon à ce que chacun puisse y évoluer en fonction de ses capacités. Mais là, nous serions dans l’action, et l’action fait peur aux impuissants !
Comment être noir et blanc, donc ? Voyez un peu, pour comprendre, la situation des métis. Une fois qu’on a dit « quels beaux enfants ça fait, les mélanges de races, » on n’est pas plus avancés pour autant. C’est qu’il y a impossibilité à admettre véritablement qu’on puisse être autre. C’est un paradoxe dans une société qui prétend cultiver les différences. Qu’on le veuille ou non, le plus du métis (double culture, ouverture au monde) est vite perçu, socialement, comme un moins (pas vraiment d’une culture, ni vraiment d’une autre – tout est dans le vraiment). « Le métis n’est jamais vraiment des nôtres, » disent les bonnes âmes. Et chaque partie le renvoie de l’autre côté comme on se renvoie une balle, l’ensemble s’accordant pour dire que, finalement, il n’est pas vraiment. C’est la passerelle qui pourrait renforcer les liens entre êtres humains, et qu’on ne traversera jamais car, en même temps qu’on prétend la chercher, on nie son existence.
Comment trouver sa place dans une telle société qui croit qu’avoir des œillères, c’est être rationnel ? Car c’est de ça qu’il s’agit en définitive. Pas uniquement de la couleur de la peau, mais de l’homme dans sa globalité et de sa place dans la société. Je me souviens d’une discussion où Albert Russo me parlait de la sexualité au travers de son livre « L’amant de mon père, journal romain. » Comment, me disait-il, puis-je définir ce personnage ? Il est homosexuel, il est hétérosexuel, et alors… ? Il est sexuel, et puis c’est tout ! Pourquoi le définirai-je ? Ce à quoi la société répond : Parce qu’il faut une définition pour qu’il rentre dans les cases (comprendre cages). Evidemment c’est Albert Russo qui a raison.
Autre illustration de cette problématique, les déboires de l’auteur face à l’intelligentsia littéraire de notre bonne vieille Phrance très rance. Comment être un auteur bilingue quand on pourrait appartenir à la glorieuse exception culturelle Phrançaise ? s’exclament en chœur momies ratatinées et jeunes mort-nés qui trempent dans des tisanes fades et écoeurantes d’infâmes gâteaux secs rassis qu’ils prennent pour les Madeleines moelleuses de Proust. Pourquoi, lui dit un jour un auteur de langue hispanique, passé avec le zèle du converti dans la franche cacophonie de la Phrancophonie officielle, naphtalinée et bien pensante, pourquoi m’adressez-vous la parole en espagnol ? Et comment pouvez-vous écrire en français et anglais ? Il faut choisir, cher ami, prendre partie. J’ai abandonné l’espagnol car on ne peut écrire bien que dans un langage. Sans compter que votre démarche relève de la schizophrénie. L’anecdote est drôle, pour qui connaît Albert Russo. C’est comme agiter un chiffon rouge (proscrivons le mot muleta) devant un taureau déjà furieux.
Eh oui ! Alors que tout un chacun, à grand renfort de pédanterie, passe sa vie à soustraire, Albert Russo, lui, additionne. C’est qu’il a compris que les ailes sont faites pour être déployées, non repliées. C’est qu’il a compris que la gloire des petits faucons qui s’encapuchonnent eux-mêmes pour plaire à leur maître ne vaudra jamais l’ivresse du piaf qui plane, libre. Toutes les décorations (légion d’honneur ou chevalier des arts et lettres) ne sont que jeux dérisoires de vieux garçons et fillettes mal grandi(e)s qui sont resté(e)s dans la cour de récréation. Le problème est qu’ils n’ont jamais su et ne sauront jamais jouer !
L’ancêtre noire, c’est l’Afrique d’Albert Russo, celle qu’il a connue, qu’il porte en lui, celle qu’on retrouve dans ses autres livres: “Eclipse sur le lac Tanganyika”, “Le Cap des illusions”, “Sang mêlé ou ton fils Léopold”.
Si l’on s’arrête plus particulièrement sur ce dernier livre, on comprendra rapidement que Léodine, l’héroïne de l’Ancêtre noire, est le pendant féminin de Léopold, ce qu’on pourrait traduire par l’équation suivante : Léopold = Léo(pol)dine. Ou, autrement dit : noir et blanc se mêlent, masculin et féminin s’entremêlent dans un métissage de peau et de sexe. Le fait qu’il s’agisse dans les deux cas d’enfants n’est pas un hasard. C’est que l’enfance entrant dans l’adolescence est ce moment précis de notre histoire où nos caractéristiques personnelles et sociales s’affermissent ; corps et esprit deviennent sexués et l’enfant, en quelque sorte, naît à nouveau, dans ce sens où il s’éveille à son moi profond. Tout comme les personnages d’autres romans d’Albert Russo, ceux qu’on qualifiera d’érotiques, comme l’amant de mon père et l’amant de mon père, journal romain, hétérosexuels, homosexuels... sexuels tout simplement, eux aussi éveillés, enfin eux-mêmes au terme d’un parcours souvent douloureux, et métissés, mais d’une autre manière, le masculin et le féminin s’incarnant, tour à tour ou tout ensemble, dans leurs corps, au gré de leur désir.
Je terminerais en tentant de résumer ce que symbolise l’Afrique d’Albert Russo pour moi. Un idéal tout d’abord: l’infinie diversité de l’humanité et la richesse qui en découle. Une quête ensuite: la recherche de soi, de sa place dans le monde, et la nécessaire acceptation du Moi, quel qu’il soit, afin que l’épanouissement nous conduise à l’idéal (ou tout du moins nous en rapproche). Dans les deux cas, un message profondément humain, fier et sans fard. Le regard de l’homme qui regarde, sans sourciller, le soleil en face.
Paru dans Le webzine culturel indépendant Jowebzine.com en mars 2004
Philippe Sendek @ Jowebzine.com - Mars 2004
Sans avoir de nostalgie de l'Empire, Albert Russo dépeint un monde (l'Afrique Noire) qui n'existe plus. Son lyrisme et son classicisme nous en rendent la perte Irrémédiable.
Albert Russo est né dans les années 40 du XXe siècle, au Zaïre, de mère Anglaise et de père Italien. Il a travaillé dans les affaires, et vécu en Afrique, aux Etats-Unis et en Europe. Il écrit aussi bien en anglais qu'en français.
Son dernier texte, L'ancêtre noire, est paru aux Editions Hors Commerce en décembre 2003, revient sur le terrain de son enfance et nous livre une très belle réflexion sur l'Afrique des années 60 et sur le sens des origines.
Ce livre raconte l'enfance et l'adolescence de Léopoldine, fille de colons, née au Congo Belge. Léopoldine apprend à son adolescence qu'elle a du sang noir dans les veines. Cela va changer sa perception du monde et l'entraîner dans une traversée des apparences au terme de laquelle elle devra changer de vie. Mals peut-on changer "qui l'on est" ?
Albert RUSSO est l'écrivain par excellence du métissage. Nous allons du noir au blanc, de l'homme à la femme, de l'Afrique à l'Amérique du Nord. Par le biais d'un récit classique, Il nous fait réfléchir sur nos origines. La description qu'il fait, par exemple, du Rwanda et de la région des Grands Lacs incite à la réflexion. Cette région, telle qu'il nous la décrit, était l'une des plus belles au monde. Or, nous la connaissons surtout aujourd'hui pour les massacres qui ont eu lieu entre Hutus et Tutsis. Russo nous parle d'un paradis perdu, là où nous nous souvenons de l'enfer.
Peut-on quand on est blanche faire l'amour avec un noir sans qu'il y ait de conséquences? Autre question à avoir des incidences sur le texte.
Si vous découvrez Albert Russo, vous aurez quelques pistes de réponses. Vous prendrez également connaissance d'un écrivain qui n'a pas peur d'utiliser un style flamboyant, un style lyrique qui frappe par son pouvoir d'évocation.
Parfait analyste des couleurs, des odeurs, de la faune et de la flore, Russo l'est également des mouvements du creur. Son portrait d'une jeune fille qui découvre son corps et le monde est profond.
y a-t-Il une raison pour laquelle Albert Russo, qui vit en France, n'est pas aussi connu et reconnu que Kundera ? Cette terre d'asile dont nous sommes si fiers sait-elle encore reconnaître ceux qui foulent son sol ?
“L’ancêtre noire” roman d'Albert Russo - Editions Hors Commerce
216 pages - € 18 - ISBN 2-910599-89-2
Essai d’Eric Tessier, paru dans la revue Passerelles N.26
L’Afrique ou la quête de l’identité.
Pour qui veut comprendre Albert Russo, l’Afrique est la clé essentielle de son œuvre et de son être. Africain, Albert Russo l’est, de par sa naissance dans ce qui était alors le Congo Belge, de par son éducation qui le vit naviguer entre Congo et Rhodésie, de par son amour enfin pour cette terre et ses hommes.
L’ancêtre noire nous raconte l’histoire de Léodine, une fillette blanche du Katanga se découvrant des origines noires dans la société coloniale Belge de l’après deuxième guerre mondiale, juste avant l’indépendance. C’est une des constantes des romans africains d’Albert Russo que de nous interroger sur ce qui constitue l’identité d’une personne.
De nationalité Belge, né d’un père italien et d’une mère anglaise, francophone et anglophone de langues parentales, écrivant d’ailleurs dans l’une ou l’autre langue sans exclusive, Albert Russo pourrait être un des héros de ses romans. Soyons franc, il l’est. La problématique qu’il développe est simple : dans un monde binaire, ou l’on doit être A ou B, noir ou blanc, comment appréhender les différentes nuances du spectre de la vie ?
Comment être noir ou blanc quand on est noir et blanc ? Il ne s’agit pas ici de jouer sur les mots. La question qui vient d’être posée pourrait paraître banale, tant elle s’intègre dans le discours lénifiant et moralisateur dans lequel nous baignons. Mais nous vivons une époque où les mots ne sont que des mots, les idées des idées, les deux étant confinés dans l’abstraction, comme si le fait de les énoncer suffisait à régler la question. L’élément absent d’une telle vision est l’action. Ainsi, plutôt que d’agir, on change les mots pour escamoter ce qui nous gêne. Qu’est-ce qu’un noir devenu black ? Un arabe rebeu. Nous sommes en présence d’une peur viscérale du réel et cette solution n’est qu’un leurre, une lâcheté qui consiste à mettre le plus de distance entre soi et le monde, qui ne contentent que les autruches du politiquement correct et de la bonne conscience dégoulinante. Appeler un aveugle un non voyant ne lui rendra pas la vue. Appeler un paraplégique une personne à mobilité réduite ne lui rendra pas la faculté de marcher. Il vaudrait mieux construire la ville de façon à ce que chacun puisse y évoluer en fonction de ses capacités. Mais là, nous serions dans l’action, et l’action fait peur aux impuissants !
Comment être noir et blanc, donc ? Voyez un peu, pour comprendre, la situation des métis. Une fois qu’on a dit « quels beaux enfants ça fait, les mélanges de races, » on n’est pas plus avancés pour autant. C’est qu’il y a impossibilité à admettre véritablement qu’on puisse être autre. C’est un paradoxe dans une société qui prétend cultiver les différences. Qu’on le veuille ou non, le plus du métis (double culture, ouverture au monde) est vite perçu, socialement, comme un moins (pas vraiment d’une culture, ni vraiment d’une autre – tout est dans le vraiment). « Le métis n’est jamais vraiment des nôtres, » disent les bonnes âmes. Et chaque partie le renvoie de l’autre côté comme on se renvoie une balle, l’ensemble s’accordant pour dire que, finalement, il n’est pas vraiment. C’est la passerelle qui pourrait renforcer les liens entre êtres humains, et qu’on ne traversera jamais car, en même temps qu’on prétend la chercher, on nie son existence.
Comment trouver sa place dans une telle société qui croit qu’avoir des œillères, c’est être rationnel ? Car c’est de ça qu’il s’agit en définitive. Pas uniquement de la couleur de la peau, mais de l’homme dans sa globalité et de sa place dans la société. Je me souviens d’une discussion où Albert Russo me parlait de la sexualité au travers de son livre « L’amant de mon père, journal romain. » Comment, me disait-il, puis-je définir ce personnage ? Il est homosexuel, il est hétérosexuel, et alors… ? Il est sexuel, et puis c’est tout ! Pourquoi le définirai-je ? Ce à quoi la société répond : Parce qu’il faut une définition pour qu’il rentre dans les cases (comprendre cages). Evidemment c’est Albert Russo qui a raison.
Autre illustration de cette problématique, les déboires de l’auteur face à l’intelligentsia littéraire de notre bonne vieille Phrance très rance. Comment être un auteur bilingue quand on pourrait appartenir à la glorieuse exception culturelle Phrançaise ? s’exclament en chœur momies ratatinées et jeunes mort-nés qui trempent dans des tisanes fades et écoeurantes d’infâmes gâteaux secs rassis qu’ils prennent pour les Madeleines moelleuses de Proust. Pourquoi, lui dit un jour un auteur de langue hispanique, passé avec le zèle du converti dans la franche cacophonie de la Phrancophonie officielle, naphtalinée et bien pensante, pourquoi m’adressez-vous la parole en espagnol ? Et comment pouvez-vous écrire en français et anglais ? Il faut choisir, cher ami, prendre partie. J’ai abandonné l’espagnol car on ne peut écrire bien que dans un langage. Sans compter que votre démarche relève de la schizophrénie. L’anecdote est drôle, pour qui connaît Albert Russo. C’est comme agiter un chiffon rouge (proscrivons le mot muleta) devant un taureau déjà furieux.
Eh oui ! Alors que tout un chacun, à grand renfort de pédanterie, passe sa vie à soustraire, Albert Russo, lui, additionne. C’est qu’il a compris que les ailes sont faites pour être déployées, non repliées. C’est qu’il a compris que la gloire des petits faucons qui s’encapuchonnent eux-mêmes pour plaire à leur maître ne vaudra jamais l’ivresse du piaf qui plane, libre. Toutes les décorations (légion d’honneur ou chevalier des arts et lettres) ne sont que jeux dérisoires de vieux garçons et fillettes mal grandi(e)s qui sont resté(e)s dans la cour de récréation. Le problème est qu’ils n’ont jamais su et ne sauront jamais jouer !
L’ancêtre noire, c’est l’Afrique d’Albert Russo, celle qu’il a connue, qu’il porte en lui, celle qu’on retrouve dans ses autres livres : “Eclipse sur le lac Tanganyika”, “Le Cap des illusions”, “Sang mêlé ou ton fils Léopold”.
Si l’on s’arrête plus particulièrement sur ce dernier livre, on comprendra rapidement que Léodine, l’héroïne de “l’Ancêtre noire”, est le pendant féminin de Léopold, ce qu’on pourrait traduire par l’équation suivante : Léopold = Léo(pol)dine. Ou, autrement dit : noir et blanc se mêlent, masculin et féminin s’entremêlent dans un métissage de peau et de sexe. Le fait qu’il s’agisse dans les deux cas d’enfants n’est pas un hasard. C’est que l’enfance entrant dans l’adolescence est ce moment précis de notre histoire où nos caractéristiques personnelles et sociales s’affermissent; corps et esprit deviennent sexués et l’enfant, en quelque sorte, naît à nouveau, dans ce sens où il s’éveille à son moi profond. Tout comme les personnages d’autres romans d’Albert Russo, ceux qu’on qualifiera d’érotiques, comme l’amant de mon père et l’amant de mon père, journal romain, hétérosexuels, homosexuels... sexuels tout simplement, eux aussi éveillés, enfin eux-mêmes au terme d’un parcours souvent douloureux, et métissés, mais d’une autre manière, le masculin et le féminin s’incarnant, tour à tour ou tout ensemble, dans leurs corps, au gré de leur désir.
Je terminerais en tentant de résumer ce que symbolise l’Afrique d’Albert Russo pour moi. Un idéal tout d’abord : l’infinie diversité de l’humanité et la richesse qui en découle. Une quête ensuite : la recherche de soi, de sa place dans le monde, et la nécessaire acceptation du Moi, quel qu’il soit, afin que l’épanouissement nous conduise à l’idéal (ou tout du moins nous en rapproche). Dans les deux cas, un message profondément humain, fier et sans fard. Le regard de l’homme qui regarde, sans sourciller, le soleil en face.
Site littéraire de l’auteur: www.albertrusso.eu
Albert Russo.“L’ancêtre noire”. Paris Editions Hors Commerce 216 pages - € 18
Grâce à une fiction menée de main de maître et bien écrite, Albert Russo nous emmène dans une Afrique noire que nous avons connue, que nous aimons, loin des horreurs de ces dernières décennies où les différentes ethnies s’étripent dans l’indifférence générale.
Comment ne pas évoquer avec nostalgie la beauté du Congo dans ce tourbillon d’odeurs, de jeux de lumière, de sensualités qui vous entraînent avec une force incompréhensible pour celui qui n’a jamais foulé le continent africain?
L’histoire est attachante: une petite fille naît au Congo, d’une mère belge et d’un père américain. Elle y coule des jours insouciants jusqu’au moment où elle apprend que dans les veines de son père décédé coulait le sang d’une ancêtre esclave en Louisiane.
Toutes les certitudes basculent - la fillette est en plein désarroi. Elle pressent en elle des forces obscures, envoûtantes, comme cette Afrique à laquelle elle est profondément attachée. Pourquoi son attirance envers certains de ses camarades d’école et de jeux métis? Est-ce un héritage ou une prise de conscience des problèmes soulevés par la cohabitation - correcte en apparence - de populations foncièrement étrangères les unes aux autres?
Des vacances opportunes dans des régions superbes que l’on nommait alors la Suisse africaine lui donnent l’occasion des rencontres des Sages qui l’initient à leurs coutumes et à des proverbes bantous dont le bon sens n’a rien à envier à nos proverbes européens.
C’est toute l’Afrique malmenée à l’heure actuelle qui revit grâce à la plume d’Albert Russo qui manie avec aisance l’évocation des paysages, des habitants, des animaux, la réminiscence des parfums entêtants. Toute une alchimie inquiétante à la quelle la fillette est arrachée pour être envoyée dans sa famille paternelle en Amérique.
Monique Cazeaux
Bibliothèque Nationale de France
Voir le site de Albert Russo pour plus d'info et tout ces livres disponible sur:
http://www.albertrusso.eu/
autre livres :
Eclipse sur le lac Tanganyika
La tour shalom
Le cap des illusions
Ancêtre noire
Sang mêlé et ton fils léopold













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