Les Tirlemontois au Congo - 1885-1918

Auteur A.-B. Ergo

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Les Tirlemontois au Congo - 1885-1918

(voir livre Tienenaars in Congo)

Batu baye wana badjalaki na nsomo te Baye wana badjalaki batu
La peur n’avait pas de prise sur ces gens Parce que c’était des hommes

par © Par AB Ergo et M. Best,
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Les Tirlemontois au Congo

Auteur: André-Bernard ERGO
Couverture: Véronique OPDENBOSCH

Ce livre a été publié en néerlandais sous le titre Tienenaars in Congo. 1885-1918 avec M. Best pour la traduction .( D 1989/2936/1) par le Stedelijk Archief en Museum "het Toreke" de Tirlemont.

Les illustrations ont été aimablement autorisées par :


- Le Musée Royal de l'Afrique centrale à Tervueren
- Le Musée National de la Marine à Anvers
- La Maison des Dominicains à Louvain.

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WANGERMEE Emile Antoine Marie 

Emile Wangermée naquit à Tirlemont le 14 mars 1855 dans la famille de Adolphe et de Michèle Arsène. Son père était officier médecin vétérinaire de la garnison de Tirlemont. D’une famille de militaire, c’est tout naturellement qu’il entra à l’Ecole Royale militaire le 21 octobre 1871 dans la 37ème promotion polytechnique où il choisit comme armes, l’Artillerie et le Génie. Cinq années plus tard, le 10 mars 1876 il fut promu sous lieutenant de Génie à l’âge de 21 ans.

carte parcours de Wangermée

Le sous lieutenant ingénieur Wangermée prendra son service dans les troupes du Génie avant de passer à la Compagnie générale du Chemin de fer puis à celle des Pontonniers de place. Après un court passage à l’Ecole Militaire comme répétiteur, il est promu capitaine en 1890 et est détaché à l’inspection générale du Génie comme collaborateur puis aide de camp du général Brialmont, le célèbre constructeur des fortifications de la vallée de la Meuse A ce poste, Wangermée est d’ailleurs chargé de la construction du fort de Suarlée, position fortifiée près de Namur.

En 1893, Le Roi Léopold II, soucieux de renforcer la défense du Bas Congo et particulièrement de Boma, émet le vœu qu’un officier belge du Génie se rende sur place pour étudier la transformation de la batterie ouverte déjà en place, en un ouvrage fortifié et fermé du type des forts, capable de résister à une attaque terrestre. Le général Brialmont désigne Wangermée pour cette mission et le jeune capitaine commandant s’embarque le 17 avril 1893 accompagné du garde principal de Génie Mahieu pour aller construire le fort de Shinkakasa. Ils réalisent ce fort sur le modèle des forts de la Meuse, en béton, entouré d’un fossé à sec, le fond de gorge bastionné constituant une vaste caserne. Il profite également de ces travaux pour établir la première liaison télégraphique entre Boma et Matadi, en construisant pour cet ouvrage deux grands pylônes métalliques.

Rentré en Belgique le 10 janvier 1895, le commandant Wangermée est détaché à l’administration de l’Etat Indépendant du Congo dont il étudie l’organisation, ce qui lui permet de retourner en Afrique le 6 février 1896 avec la fonction d’Inspecteur d’état adjoint au Gouverneur général Wahis ; neuf mois plus tard, le 11 avril 1897, Wangermée est nommé Vice Gouverneur général de l’Etat Indépendant du Congo Ce titre à peine obtenu, il doit résoudre le problème de la révolte de l’avant-garde de l’expédition Dhanis dans le Haut Uele. Wangermée sut y faire face et la victoire de Redjaf acquise il rentrera en congé au début de l’année 1898.

Il repart pour une troisième fois le 6 octobre 1898 pour assurer la direction du Gouvernement général. A la fin de son terme, il doit réprimer la révolte des soldats travailleurs Batetela du fort de Shinkakasa qui seront battus, désarmés et jugés. Le major Wangermée pourra dès lors rentrer en congé le 9 juin 1900 après avoir remis ses pouvoirs au colonel Wahis.

Wangermée en tournée d’inspection. A remarquer le pédalier

Photo : Wangermée en tournée d’inspection. A remarquer le pédalier spécial du vélo

Le 21 février 1901, Wangermée repart pour la quatrième fois au Bas Congo pour reprendre la direction du Gouvernement et superviser la fin des travaux du fort de Shinkakasa. Son terme se terminera en février 1903, date à laquelle il remet le gouvernement au vice Gouverneur général Fuchs. C’est l’époque à laquelle le Roi Léopold II est en conflit latent avec les Anglais et les Allemands au sujet de ses droits sur le Bahr el Gazal tout d’abord, sur les frontières de la crête Congo-Nil ensuite. Suivant leurs habitudes, les Belges occupent les territoires, s’y installent puis organisent la défense en fortifiant les postes et en les munissant d’artillerie. Ainsi en est-il des postes de Kero, de Lado et de Yei dans l’enclave, de Rutshuru, Bobandana, Nyalukemba, Luvangi et Uvira sur les frontières est. Le Roi, soucieux de la valeur de ces défenses, décide d’envoyer Wangermée en mission d’inspection dans ces régions ainsi que dans la Provine Orientale. Wangermée part le 5 avril 1904 avec les lieutenants de Génie Maury et Duwez via la côte orientale et Mombasa. Il visite l’enclave de Lado, descend vers le Kivu et le Tanganyika, traverse la Province Orientale, allant de Kasongo vers le Lomami et le Kasai, puis rejoint Boma qu’il quittera le 9 octobre 1905 pour rentrer en Belgique.


Les suggestions de Wangermée au sujet des camps retranchés de Yei et de la rive droite de la Ruzizi, bien que jugées très utiles, ne seront jamais exécutées. Le commandant Tombeur remplacera Costermans au Kivu et le problème de l’Est du Congo sera résolu par une commission scientifique anglo-germano-belge autour du trentième méridien.

Photo : La première maison de Wangermée au Katanga en 1911

A sa demande, en 1906, Wangermée fut placé en congé et fut désigné comme représentant officiel du Comité Spécial du Katanga (CSK), région dans laquelle il se rend par la voie du Cap. Le 9 juillet il s’embarque à Southampton à destination de l’Afrique australe d’où il gagne le Zambéze par la voie ferrée qui traverse les colonies anglaises jusqu’à Brokenhill. Il va faire une inspection complète du Katanga ne restant que très peu de temps dans la résidence  qui lui a été réservée à Lukonzolwa. Le 9 juin 1907, il écrit ce petit mot plein d’humour à un ami résidant à Bruxelles : « Voici deux mois que j’ai quitté ma résidence lacustre de Lukonzolwa pour commencer une longue tournée d’inspection qui m’a fait faire sur mes pattes un bon millier de kilomètres et je repars demain dans la direction du sud pour rentrer chez moi en faisant encore un bout de la même dimension ; comme il n’y a encore de trams électriques que dans quelques endroits, on ne peut pas aller aussi vite que dans notre village de Bruxelles. »

Les premières prospections et les premières exploitations minières ont débuté depuis trois ou quatre ans et, attirés par les gains possibles, toute une foule d’aventuriers anglo-saxons, monte du Cap vers le pays des mines. Pour évacuer les produits de ces dernières, la liaison au chemin de fer rhodésien est décidée. L’Union minière est créée à cette époque. Elle amène du matériel lourd par la route et commence l’exploitation de la mine de l’Etoile, celle où le minerais est le plus prometteur. Wangermée rentre en Belgique pour faire son rapport en 1908 mais il repart très vite en 1909 pour s’iinstaller à Kafubu, à quelques kilomètres de cette mine de l’Etoile.

A la fin de l’année, le 2 novembre, deux hommes seuls discutent, échafaudent des plans, arpentent le terrain de long en large. Ils sont convaincus d’une chose : c’est à cet endroit qu’il faut ériger la capitale du Katanga et pas à Kambove comme le voudraient certains. Wangermée rassemble l’argumentation nécessaire et le 29 novembre 1909 il note dans son agenda : « … attaqué le rapport sur la fondation d’Elisabethville ». Quel plus beau nom donner à la capitale du Katanga si ce n’est celui de la future Reine des Belges. Plus loin il note également : « je lutte pour qu’on ne fasse pas la faute énorme de mettre le gouvernement à Kambove ». Bien que combattue par le Gouvernement central, l’idée de Wangermée l’emporte. On décide donc de créer une grande ville moderne près de la mine de l’étoile

Le général Wangermée, créateur d’Elisabethville

Le général Wangermée, créateur d’Elisabethville

Le 11 décembre 1909, une locomotive garnie de guirlandes franchit la frontière Rhodésie-Katanga sous un arc de triomphe fait de feuilles de palmiers. Tous les Belges sont là,  Wangermée bien sûr, mais aussi les ingénieurs pionniers du rail, Jadot, Bailleux, Slosse, … Mais le rail qui doit amener la civilisation et le bien être dans cette région perdue, amène surtout en avant-garde toute une population d’aventuriers cosmopolites que l’annonce des immenses richesses minières, dont de l’or, fait rêver. L’Eldorado africain !

Aussitôt que les Belges débroussent et tracent les allées de la future ville, cette faune humaine bigarrée, indisciplinée, s’installe. Ce sont des Rhodésiens, des Sud-Africains, des Anglais, des Américains, des Australiens, des Italiens, des Grecs, des Portugais…Les Belges sont submergés d’autant plus que la ville nouvelle ressemble davantage au Far West bidonville qu’à un centre industrialisé. Il n’y manque que les chevaux, mais tout le reste y est : brigands colt à la ceinture, gin qu’on boit au goulot des bouteilles, rixes et bagarres, claquements secs des coups de feu ! Les Belges, peu habitués à ces démonstrations, se terrent souvent chez eux le soir. Cependant Wangermée garde son sang froid car il sait que la patience et la fermeté sont les meilleurs garants de la réussite. Sans brutalité il canalise ce flot d’énergumènes, l’endigue, le filtre et lui oppose d’honnêtes commerçants qu’il fait venir de Belgique ; il introduit la magistrature pour faire régner la justice ; il concentre les services gouvernementaux à Elisabethville et impose lentement l’ordre social. Petit à petit, désillusionnés, les aventuriers partiront.

Wangermée est simultanément un administrateur mais aussi un technicien. Fin 1909 on avait pris la décision de relier la capitale du Katanga au chemin de fer rhodésien arrêté à la frontière. Le 27 septembre 1910 déjà, une locomotive s’arrêtera à Elisabethville devant un baraquement en planches portant au dessus de l’entrée le nom de la ville écrit en peinture blanche à peine sèche. Wangermée note ce jour-là dans son agenda : « Quel monde de choses et de faits cela signifie ! »

Entretemps, Wangermée est devenu Gouverneur du Katanga ; il fonde la Bourse du travail du Katanga, introduit le mode de payement en numéraire pour les indigènes et favorise le développement du commerce en  prêtant son concours à la création d’une société d’importation de biens. Sous son impulsion, le Katanga fera figure de précurseur en Afrique centrale, il y organise et distribue rationnellement la Force publique, il crée un service d’inspection du travail, une réglementation de l’emploi de la main d’œuvre indigène, un corps de police européen et favorise même les premiers essais de colonisation blanche.  Mais ce qu’il instaure surtout c’est une administration simple, efficace, très près du public. Wangermée voit très loin et très grand pour la ville que lui dessine l’ingénieur Itten et il demande même à Bruxelles un prêt de 2000 francs pour construire, à Elisabethville, … une plaine d’aviation. Cela lui est refusé car Elisabethville doit rester un simple chef lieu de province dans l’esprit du Gouvernement central qui accuse d’ailleurs Wangermée de dilapider les fonds de l’Etat. On taxe les Katangais de « Particularisme ». mais tout cela n’est que le résultat et la conséquence d’une situation excentrique, de conditions locales propres, d’une population européenne plus dense et plus nombreuse qu’ailleurs et fortement influencée par la pensée anglo-saxonne. Il faut ajouter à cela le développement industriel très rapide qui entraînera le développement tout aussi rapide de nombreuses activités connexes.

Wangermée qui est intelligent et lucide, sent que quelque chose d’important est en train de naître et il réclame la décentralisation administrative au cours de son dernier séjour en 1912-1913 au terme duquel il est nommé général major. Le Roi Albert lui-même, dans un discours qu’il prononça à Gand en 1913, épousera les thèses de Wangermée, mais les décrets de juillet 1914 n’organiseront qu’une décentralisation relative.

Wangermée est déçu. N’ayant pu obtenir pour le Katanga l’organisation indépendante qu’il jugeait nécessaire et utile, il rentre en Belgique et sollicite sa mise à la retraite. Voilà une autre caractéristique de l’homme, il est tout d’une pièce, abrupt parfois ; il a horreur du formalisme. Entre la lettre qui tue et l’esprit qui féconde son choix était fait depuis toujours. Malgré l’amertume de la tâche inachevée, Wangermée pour rester fidèle à ses convictions profondes sut briser sa carrière.

La retraite lui fut accordée en août 1917. En 1919 il est nommé membre du Conseil Colonial et il part en mission à Elisabethville comme représentant du Conseil d’administration de l’Union Minière. C’est au cours de ce séjour de quelques mois qu’il contracte la maladie qui l’emportera le 24 avril 1924.

Wangermée ne réalisa pas seul l’œuvre katangaise, mais il savait choisir ses collaborateurs immédiats. Le commandant Olsen, Viking dont on a parlé plus haut, qui devint directeur des Travaux Publics ; Edouard De San à la Magistrature ; Anatole de Bauw aux Affaires économiques ; Odon Jadot , cet officier de génie, constructeur de voies ferrées et Jules Cousin, un jeune ingénieur métallurgiste, juste sorti de l’Université.
« D’une rectitude complète d’idées, le cœur sur la main, mettant le droit du franc parler au dessus de toutes considérations et usant largement de ce droit quand il l’estimait utile et nécessaire dans l’intérêt général, méprisant la flatterie et l’obséquiosité, allant toujours droit au but, se souciant peut être trop peu des critiques, il a montré que le caractère est un élément principal de l’action. »   Voilà comment G. Moulaert définit Wangermée l’administrateur.

Mais il y a un autre Wangermée, celui des amis, celui de la culture et de l’humanisme, celui qu’on connaît moins bien. Ses amis, il leur écrit et il les rencontre à ses retours en Belgique au Café de la Régence, dans ce lieu où vient de naître le mouvement littéraire de La Jeune Belgique, et où se côtoie  toute la gent intellectuelle bruxelloise. Wangermée fait partie d’un autre club d’intellectuels qui s’appelle La Boîte Bleue  ce qui prouve que ce broussard savait cacher, derrière son aspect bourru et quelquefois sauvage, une fine sensibilité accessible au charme des belles lettres universelles. Il est Président de son cercle, et cette présidence à distance a laissé quelques preuves d’un autre aspect de son personnage, l’humour très britannique qui l’anime.

Il appelle les membres de La Boîte Bleue  les « boiteux » ou les « boitards » et les taquine gentiment dans ses lettres : «  … il n’y a qu’à demander à Weyns, tout le monde sait qu’il a acheté au Jardin zoologique d’Hambourg toutes les dépouilles qu’il est sensé avoir ramenées du Congo …je glisse dans ce pli quelques timbres pour les amateurs… ». Il se livre parfois à des confidences : «  ici on se bat, et je sens la joie de vivre en luttant ;  si on pouvait y joindre de temps en temps le contact de sympathies choisies comme les vôtres, ce serait parfait. » On ne s’étonnera donc pas d’apprendre que, baigné dans des amitiés littéraires, Wangermée se mette aussi à écrire les récits de ses voyages dans le livre Grands Lacs africains et Katanga, édité chez Lebègue en 1909. Dès lors, on comprend mieux pourquoi, après la première guerre mondiale, il fut choisi comme président du jury chargé de proposer l’attribution du Prix triennal de Littérature coloniale.

Wangermée ne plut pas à tous ; c’est souvent le sort des grands hommes ! N’est-ce pas ce que le Président français Mitterand disait sur la tombe de Clémenceau : «  Après tout, on ne peut pas choisir la route escarpée des grands choix en plaisant à tout le monde. »
Emile Wangermée le Tirlemontois avait choisi cette route-là.

 

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