JE VENDAIS DE LA SKOL SUR LE FLEUVE ZAÏRE
Des aventures vécues au Zaïre (redevenu Congo) 1988-1995
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J'ai vendu de la SKOL sur le fleuve Zaïre"tome 1 ou 2
Le prix par livre est de € 25 et de € 4 (frais de poste et d'emballage) (=€ 29),au compte 860-1097659-86 au nom de Vera Heylen
Les ouvrages seront immédiatement envoyés par la Poste après réception du paiement. Pour les commandes du Tome 1, un DVD reprenant une sélection des films pris sur le vif à bord de la baleinière sera joint, pour le Tome 2, un CD de plus de 70 photos prises au cours des voyages sera offert également.
1962-1984 - Ancien agent de l’UNION MINIERE DU HAUT KATANGA, devenue GECAMINES, Jean SUYS, aimablement licencié en 1984, est retourné au Zaïre en 1988 dans le cadre de la Coopération Belge au Développement. Après la rupture de la Coopération Belge décidée par le Pdt MOBUTU, Jean, peu désireux de retourner au pays, a décidé de faire le transport fluvial des produits vivriers de l’intérieur du pays vers Kinshasa. Jean fit construire un bateau en planches appelée là-bas : BALEINIERE. En deux tomes Jean nous conte cette Afrique mystérieuse, insolite, attachante et combien envoûtante, mais sans y ajouter la moindre complaisance. Grâce aux accords négociés avec les Brasseries UNIBRA, la baleinière emportait, à l’aller, 500 casiers de « SKOL » qui étaient vendus dans les bars tout au long du voyage, d’où le nom de l’ouvrage.
Biographie :
Né à Meise – Brabant flamand – Jean y a vécu pendant 25 ans.
Après ses Humanités Modernes Scientifiques, deux années d'Ecole Supérieure et son temps de milice en 1956, Jean a été engagé à L'Union Minière du Haut-Katanga, Département Maritime et Fluvial à Antwerpen.
En 1962, il a demandé son transfert en Afrique et est resté à Elisabethville devenue Lubumbashi jusqu'en 1984. Licencié pour « raisons économiques », Jean est rentré en Belgique pour repartir à Kinshasa en 1988 dans le cadre de la Coopération.au Développement.
Après la rupture unilatérale, décidée par le Président Mobutu, de la Coopération avec la Belgique, l'auteur, peu désireux de rentrer au pays, décide de se lancer dans le transport fluvial des produits vivriers de l'intérieur du pays vers Kinshasa. Il fait construire une bateau en planches appelé là-bas « baleinière » et commence à naviguer. Cette activité de commerce à bord d'une « baleinière », cas unique pour un « Blanc », lui permet de pénétrer dans des recoins de brousse presque oubliés de tous. Il a été témoin de phénomènes occultes, de maléfices et de pouvoirs inexpliqués dont jouissent certains « initiés ».
Complètement pillé pendant les évènements de 1991 et 1993, puis en 1994, Jean est enfin rentré en Belgique où il a survécu grâce à des « petits boulots » jusqu'en 2002. Puis, retraité, il a commencé à écrire ses aventures africaines.
Actuellement, il peut se livrer à son « hobby » préféré, et continue à publier des articles et histoires diverses dans différentes revues ou « blogs ».
Son dernier livre, LES DENIERS DE JUDAS, un roman historique complètement différent de ses précédentes publications, vient d'être accepté par un éditeur et sera publié dans les prochains mois de 2011,
Dans l'ouvrage en deux tomes : JE VENDAIS DE LA SKOL SUR LE FLEUVE ZAÏRE, Jean Suys nous raconte ce Zaïre du Président Mobutu, soumis à la corruption, aux exactions en tout genre, au rançonnage élevé au rang de système économique mais il évoque aussi ce pays mystérieux, insolite, attachant et combien envoûtant, sans y ajouter la moindre complaisance, ni coup d'encensoir, ni coup bas non plus.
« J'ai vu, je raconte », aime-t-il à dire.
Grâce à des accords négociés avec les Brasseries UNIBRA, la « baleinière » emportait 500 casiers de Skol qui étaient vendus dans les bars tout au long du voyage, d'où le nom de l'ouvrage.
Une émission de télévision a été réalisée par la RTBF et diffusée à plusieurs reprises sur les chaines de la RTBF, TV5 Europe et TV5 Afrique.
Extrait du Tome II : JE VENDAIS DE LA SKOL SUR LE FLEUVE ZAÏRE:
LES BILLETS DU PRESIDENT MOBUTU
Du fait des difficultés de plus en plus ardues pour survivre alors que la valeur du « zaïre monnaie » s'effondre, la popularité du Président Mobutu chute dans les mêmes proportions. Et si les télévisions et journaux, aussi bien étrangers que locaux, continuent encore à nous exhiber une foule hurlant sa joie à chaque apparition du Président, avec cris hystériques, fleurs et danses, en réalité la grogne et les insultes montent de jour en jour et deviennent de moins en moins discrètes malgré les risques de représailles des « Autorités ». Ces manifestations enthousiastes, ces preuves visibles et bruyantes du soutien du peuple à son Président sont soigneusement programmées par le régime, rémunérées à leur juste valeur et largement diffusées par les médias. En termes de théâtre, on appelle cela la « claque ».
Conséquence de ces remous : en 1993 déjà, par prudence pense-t-on, le Président a pratiquement abandonné sa résidence du Mont Ngaliéma sur la route de Binza, pour vivre presque exclusivement sur son luxueux bateau, le « KAMANIYOLA », amarré le long du fleuve à Nsele, à une cinquantaine de kilomètres de Kinshasa.
Une fois de plus nous avons quitté notre port pour une nouvelle remontée du fleuve. Les hommes sont contents, moi également. « L'appel du large » comme j'ai coutume de le dire, est puissant.
En ce début de matinée, après quelques heures de navigation tranquille, nous sommes en vue de Nsele où le « Kamaniyola » du Président Mobutu est à l'ancre. Le Président, accoudé au bastingage de la dunette arrière, regarde notre convoi doubler son mouillage. En tête, j'ai placé la « Héra», suivi par la « Pesa Mposo », et enfin « l'Atlas » qui pousse l'ensemble de toute sa puissance. Je suis installé dans mon fauteuil de Saint Pierre dans la « cabane » montée sur la poupe de la « Pesa Mposo », juste devant l'étrave du pousseur.
Lorsque la trentaine de passagers découvre le Président accoudé à la dunette de son navire, ils se mettent à hurler des « OYE-OYE-PAPA-PRESIDENT-OYE- OYE » en agitant les mains, en dansant, en se trémoussant. Du délire ! Mais beaucoup crient aussi de toute la force de leurs poumons :
- MOBUTU VOLEUR ! MOBUTU ASSASSIN ! PESA BONGO , NIAMA !
Nous croisons à une trentaine de mètres du "KAMANIYOLA" et les voyageurs hurlent tellement d'insultes mélangées à des cris faussement enthousiastes que je m'inquiète sérieusement. Comment ne peut-il pas les entendre ? Heureusement que Gigi n'a pas remplacé le silencieux d'échappement. Aujourd'hui, certes, je ne le regrette pas. C'est bien la première fois.
Par politesse, je descends de mon trône et sors de la « cabane » pour lui adresser mon salut également. Il répond à mon geste en levant amicalement son sceptre qui ne le quitte jamais. Mais les clients l'invectivent de plus en plus fort et j'appelle David pour leur ordonner de se taire. Je vois alors le Président faire signe à un soldat pour lui donner un ordre, probablement, puisque ce dernier démarre au pas de course. Mon inquiétude grandit encore. Bientôt un « dinghy » avec quatre hommes à bord quitte le flanc du « Kamaniyola» et se dirige vers notre convoi. Shango diminue le régime du moteur pour faciliter l'accostage. Je pense derechef que les emmerdes ne vont pas tarder à pleuvoir. Pensez donc ! Un « Blanc » sur un pousseur et ses clients qui insultent le Président de la République du Zaïre ! Mon compte est bon !
- Mais sacré Nom de Dieu, qu'ai-je bien pu faire au ciel pour mériter de me trouver toujours mêlé à des complications alors que je n'y suis pour rien ?
Je prétends toujours qu'il est difficile de vivre sans don, comme moi, sauf celui de se fourrer dans les problèmes mais alors, celui-là compense largement mes lacunes. Et qu'est-ce que je fous sur ces pousseurs, perdu en Afrique sur le fleuve, avec des passagers qui insultent le Président de la République ? Pourquoi ai-je quitté mon confortable bureau de la Vénusstraat à Antwerpen où je travaillais tranquillement, où j'avais mes samedis et dimanches bien peinards, où, travail ou pas travail, mes appointements tombaient tous les mois, où j'avais mes congés payés avec un pécule de vacances en plus. Qu'est ce qui a bien pu me prendre de partir au Congo… et d'y rester ? Je vois déjà dans les journaux belges de gros titres : « Un Belge arrêté par le Président de la République du Zaïre pour insultes à sa personne ». Les idées les plus noires, si je puis dire, tournent dans ma tête à une allure effrénée et démente.
Le « dinghy » présidentiel accoste la « Pesa Mposo », la plus basse sur l'eau des deux barges. Absolument sans enthousiasme et avec une maladresse qui ne lui ressemble guère, Cent-Vingt aide les soldats à amarrer le canot à la barge mais il laisse échapper le filin de sorte que les militaires doivent relancer le moteur pour recommencer l'opération. Espère-t-il que les soldats du Président vont se décourager ? Enfin les militaires de Mobutu se hissent à bord, toujours aidés par un Cent-Vingt très réticent. Ils sont accueillis et aussitôt entourés par David, Kibala, Totolé, Leki, Jacques et toute ma fine équipe, l'air peu amène. Je les vois discuter un moment. Mais que peuvent-ils entreprendre face aux sbires du Président ? Mes dernières illusions s'envolent lorsque je vois mes hommes escorter les durs de la garde présidentielle qui se dirigent vers moi. Les fesses serrées et le cœur battant je m'attends au pire. Je me compose néanmoins un sourire forcé et un visage avenant. Arrivés à l'entrée de la « cabane » les quatre soldats me saluent militairement et me demandent poliment l'autorisation de pénétrer dans mon antre, dans ma « cabane ». Comment leur refuser ?
Les quatre gardes s'alignent devant moi, très correctement vêtus, très militaires, bien drillés. Ils saluent une nouvelle fois sans l'ombre d'un sourire. Je m'attends toujours au pire mais, si je sens mes couleurs me quitter, j'essaye tout de même de donner le change. Je redresse la tête et d'une voix que je tente d'affermir; je dis aimablement :
- Bonjour ! Que puis-je pour vous ?
Un des ploucs, le responsable de l'opération sûrement, toujours raide comme devrait l'être la Justice, m'annonce :
- Monsieur Jean… (Décidément, je ne passe pas inaperçu. Même le Président Mobutu me connaît par mon prénom)… notre Papa Président Mobutu-Sese-Seko nous charge de vous remettre ce colis.
Toujours en proie à une telle « trouille » - le mot est bien exact même s'il est quelque peu inconvenant - au point qu'on ne glisserait pas une feuille de papier à cigarette entre mes fesses serrées, je n'avais même pas remarqué qu'il tient en main un paquet de la grandeur d'une boite à chaussures, enveloppé dans du papier « kraft ».
- Notre papa Président vous demande de faire un partage équitable entre tous les membres de l'équipage et les passagers.
Il me tend le colis que j'accepte sans comprendre, éberlué. Fébrile, je déchire le papier brun et découvre avec stupéfaction, cette fois, une masse de liasses de billets de banque. Je réplique, le cœur toujours à la chamade :
- Très bien. Remerciez Notre Président avec chaleur et assurez-lui que le partage sera fait avec équité.
Puis je me tourne vers David qui se tient à mes côtés, prêt à m'assister en cas de désagrément :
- Crie aux membres de l'équipage et aux passagers que notre Papa-Président-Mobutu-Sese-Seko leur envoie de l'argent et que je fais directement le comptage et le partage ensuite.
Il ne faut pas dix secondes pour que la grande nouvelle fasse le tour des barges et, aussitôt une grande rumeur s'élève. Les « VIVE-PAPA-PRESIDENT-OYE-OYE ! » retentissent de toutes parts. Tous agitent vers le Président Mobutu ce qui leur tombe sous la main : des essuies, chemises, pagnes, nattes de bambous, casquettes, dans une joie indescriptible. Les passagers entonnent la « Zaïroise », tapent sur des casseroles, dansent et se déhanchent comme seuls les Africains savent le faire. C'est la folie.
Le convoi, avec le moteur toujours à bas régime, s'est rapproché du « Kamaniyola» à une vingtaine de mètres. A mon tour, je lève la main vers la dunette où le Président, un sourire amusé aux lèvres, assiste à l'allégresse, à la liesse débridée, au délire général. Il soulève encore son sceptre à mon encontre et répond aux acclamations des passagers d'un geste lent de la main, un peu comme le Pape bénit les fidèles. Les militaires me saluent encore impeccablement, tournent les talons et, toujours sous bonne escorte, regagnent leur « dinghy », embarquent en souplesse et filent vers le « Kamaniyola » dans des gerbes d'écume.
J'ai encore la gorge sèche et les jambes molles. Je rappelle mes hommes de confiance qui pénètrent bientôt dans mon repère. Bien à la vue des passagers qui se sont agglutinés autour de la « cabane », j'ouvre complètement le paquet et apparaissent alors des liasses de nouveaux billets verdâtres de 5 000 zaïres, appelés « Mikomboso ».
Devant cette masse d'argent, équipage et passagers hurlent encore des remerciements au Président pendant que notre convoi s'éloigne lentement.
Les palabres commencent aussitôt quant aux préséances à respecter dans le partage. Immédiatement Shango propose de dresser une liste du personnel et des passagers. David pourrait s'en charger et se charger également d'établir des reçus qu'il ferait signer par les bénéficiaires. Jusque là je suis bien d'accord mais Shango est d'avis de calculer un montant à verser suivant le grade - il est évidemment le plus gradé - la composition de famille, l'âge et je ne sais quels critères encore du genre : un couple à bord n'aurait pas droit à deux parts mais seulement à une part et demie, les plus jeunes adultes recevraient une part diminuée également ainsi que les femmes seules. Je refuse net.
- Le Président m'a chargé de répartir l'argent équitablement. Alors, chacun aura la même somme.
Je n'ai nullement l'intention de m'encombrer et de m'enfoncer dans toutes les considérations émises par Shango. Elles ne m'amèneraient que reproches, palabres, mécontentements, rancœurs et j'en passe. J'annonce que chacun recevra la même somme, les grands, les petits, les gradés, les non gradés, les plus riches et les plus pauvres : « un passager : une part » .
Je peux lire bientôt sur les visages de tous - même sur ceux qui pourraient prétendre à une part plus importante du butin - une satisfaction de bon aloi. Un murmure d'approbation s'élève. L'opération « liste » prend des heures parce que certains tentent de tricher et de s'inscrire deux fois, ce qui donne immédiatement lieu à d'épiques palabres.
Avec une même satisfaction, je pense que pendant qu'ils se disputent tous, ils ne s'ennuient pas et par conséquent me laissent en paix également. Avec l'aide de Totolé et sous la haute surveillance des représentants des clients et de tous les passagers qui ont pu se masser autour de la « cabane », les billets sont comptés.
Et lorsque, enfin, la fameuse liste est établie, la somme à remettre à chacun déterminée et les reçus établis, les membres de l'équipage et les passagers font la queue devant l'entrée de la cabane bien gardée par Cent-Vingt et son inséparable acolyte. Quand j'écris « queue », ce n'est qu'une vue de l'esprit. En réalité, ils s'agglutinent autour de l'entrée de la cabane comme des mouches sur une bouse de vache, mais tous peuvent constater que chacun reçoit exactement la même somme que le voisin. Cette distribution dure une autre paire d'heures mais en conclusion, tout le monde me remercie de mon impartialité. Un client me suggère :
- Toi aussi, Mundele, tu dois prendre ta part. Le président t'a remis l'argent pour partager entre tous, tu y as droit aussi.
Devant la foule qui hurle sa joie de recevoir un tel cadeau qui représente la valeur d'environ cinq sacs de cossettes de manioc, je prélève ostensiblement deux billets seulement et leur dis :
- Non, je ne veux pas de part. Je la partage entre vous mais je prends deux « mikomboso » en souvenir de la gentillesse de notre Président Mobutu Sese Seko.
Et à quatre ou cinq kilomètres à l'heure, notre vitesse de croisière habituelle, la montée se poursuit.
En guise de morale de cette anecdote des billets du Président, je ferai part de la réflexion d'un des passagers :
- Patron, le Président savait bien ce qu'il faisait en te confiant la tâche de partager l'argent. S'il avait chargé un « Noir » de le faire, jamais, nous, les petits, n'aurions reçu notre part.
Ces « deux billets du Président », comme je les nommais, sont longtemps restés dans mon portefeuille.
J'éprouvais du plaisir à les posséder, preuve d'un souvenir peu banal. Puis un jour, par inadvertance, j'ai mélangé ces « mikomboso » avec d'autres et je les ai dépensé… comme les autres.
Aujourd'hui encore, je le regrette.
Fait le 13-Feb-2011













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