
vides dans les montées, et que nous chargions sur le porte bagage dans les descentes. Dès le départ, il y avait une rivière à franchir, large d’une cinquantaine de mètres, qui coulait dans une profonde galerie forestière. Alors que nous descendions l’abrupt sentier tortueux qui y menait, montaient en sens inverse des villageoises portant sur la tête diverses charges : régimes de bananes, cruches d’eau. . . L’une d’elles qu’on voyait monter vers nous, portait sur la tête un bassin en émail blanc contenant un grand nombre de gros oeufs. Des œufs de canard ? lui demandai-je au passage. Non dit-elle, ce sont des œufs de crocodile.
Arrivés en bas, la rivière était profonde, boueuse et le courant non négligeable. La traversée nécessitait une embarcation car aucun pont de liane n’était en vue. Et puis, il y avait les crocodiles dont nous avions vu les œufs ! Nos acolytes dénichent donc un « passeur » qui avec sa vielle pirogue accoste bientôt à nos pieds. A voir la vétusté de l’embarcation, je devinais l’angoisse de mon compagnon.
Nous ferons d’abord passer les bicyclettes, dis-je . . . et déjà les voilà chargés dans la pirogue qui quitte aussitôt le bord. Elle n’avait pas fait 3 mètres, qu’elle se renverse, entraînée par le poids des deux vélos penchant vers l’extérieur d’un seul côté. Les vélos sont rattrapés de justesse dans le courant qui les emporte. De pâle, le visage de mon compagnon devient vert ; il se voyait déjà chavirant, mangé par les crocodiles.
Il faut s’y reprendre à 2 fois pour arrimer les vélos et les faire traverser sans encombre. Puis c’est notre tour de passer, un à la fois. Enfin, nous pouvons entreprendre notre longue course, alors que la chaleur monte déjà, en partie à vélo, en partie à pied quand la piste est trop tortueuse ou trop pentue.
Il faisait déjà noir à notre de retour sur le bord de la rivière et, prenant les devants, nous laissons nos compagnons se charger du passage des vélos dans la pirogue. Harassés, nous rejoignons le campement.
J’avais oublié que, le matin même, j’avais confié mon vieux calibre 12 à un chasseur du village avec 2 cartouches « une pour moi, une pour toi », comme d’habitude. Connaissant leur habilité à approcher de si près le gibier qu’ils manquent rarement leur cible, la deuxième cartouche, pour eux, est le meilleur des salaires.
Le chauffeur du camion nous guettait à l’entrée du village : « Ton chasseur a tué un buffle et nous attendons ton retour pour aller le chercher ». Pour éviter toute dispute lors du partage, nous devons les accompagner pour surveiller le dépeçage. Un petit bout de route avec le camion, puis à pied, une longue file joyeuse se forme dans la nuit à la lueur de torches improvisées où luisent les machettes dûment aiguisées à l’avance. En longeant d’abord des champs de manioc, puis en s’enfonçant dans la savane boisée, voilà enfin la bête gisant, presque noire, sur le sol. Enfin nous pouvons rentrer « chez nous » ; Voilà encore une fois, une rude journée. Ils en ont mangé pendant une semaine de ce buffle, après en avoir fait des brochettes qu’ils ont fait boucaner avec gourmandise, plantées au bord de grands feux. Les missionnaires, eux, furent très reconnaissants, c’est dans leur école que la plupart de nos travailleurs avaient appris à lire et à écrire, ils ne nous étaient donc pas tout à fait étrangers. En quelques minutes, avec une dextérité extraordinaire, à grands cris de joie et coups de machette, la bête est découpée. Nous reprenons la piste du retour ; devant, marche le plus grand de mes travailleurs portant sur la tête une carcasse dont les côtes se dressent vers le ciel, au clair de lune. Les autres suivent lourdement chargés. Je surveille particulièrement les porteurs des 2 cuisses que je destine, l’une au chef du village, l’autre au supérieur de la mission toute proche. Le reste est réparti entre les villageois et nos travailleurs. Nous nous réservons un filet. Nos petits réfrigérateurs au pétrole ne peuvent pas en conserver davantage.
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Arrivés en bas, la rivière était profonde, boueuse et le courant non négligeable. La traversée nécessitait une embarcation car aucun pont de liane n’était en vue. Et puis, il y avait les crocodiles dont nous avions vu les œufs ! Nos acolytes dénichent donc un « passeur » qui avec sa vielle pirogue accoste bientôt à nos pieds. A voir la vétusté de l’embarcation, je devinais l’angoisse de mon compagnon. Nous ferons d’abord passer les bicyclettes, dis-je . . . et déjà les voilà chargés dans la pirogue qui quitte aussitôt le bord. Elle n’avait pas fait 3 mètres, qu’elle se renverse, entraînée par le poids des deux vélos penchant vers l’extérieur d’un seul côté. Les vélos sont rattrapés de justesse dans le courant qui les emporte. De pâle, le visage de mon compagnon devient vert ; il se voyait déjà chavirant, mangé par les crocodiles.
Il faut s’y reprendre à 2 fois pour arrimer les vélos et les faire traverser sans encombre. Puis c’est notre tour de passer, un à la fois. Enfin, nous pouvons entreprendre notre longue course, alors que la chaleur monte déjà, en partie à vélo, en partie à pied quand la piste est trop tortueuse ou trop pentue.
Il faisait déjà noir à notre de retour sur le bord de la rivière et, prenant les devants, nous laissons nos compagnons se charger du passage des vélos dans la pirogue. Harassés, nous rejoignons le campement.
J’avais oublié que, le matin même, j’avais confié mon vieux calibre 12 à un chasseur du village avec 2 cartouches « une pour moi, une pour toi », comme d’habitude. Connaissant leur habilité à approcher de si près le gibier qu’ils manquent rarement leur cible, la deuxième cartouche, pour eux, est le meilleur des salaires. Le chauffeur du camion nous guettait à l’entrée du village : « Ton chasseur a tué un buffle et nous attendons ton retour pour aller le chercher ». Pour éviter toute dispute lors du partage, nous devons les accompagner pour surveiller le dépeçage. Un petit bout de route avec le camion, puis à pied, une longue file joyeuse se forme dans la nuit à la lueur de torches improvisées où luisent les machettes dûment aiguisées à l’avance. En longeant d’abord des champs de manioc, puis en s’enfonçant dans la savane boisée, voilà enfin la bête gisant, presque noire, sur le sol. Enfin nous pouvons rentrer « chez nous » ; Voilà encore une fois, une rude journée. Ils en ont mangé pendant une semaine de ce buffle, après en avoir fait des brochettes qu’ils ont fait boucaner avec gourmandise, plantées au bord de grands feux. Les missionnaires, eux, furent très reconnaissants, c’est dans leur école que la plupart de nos travailleurs avaient appris à lire et à écrire, ils ne nous étaient donc pas tout à fait étrangers. En quelques minutes, avec une dextérité extraordinaire, à grands cris de joie et coups de machette, la bête est découpée. Nous reprenons la piste du retour ; devant, marche le plus grand de mes travailleurs portant sur la tête une carcasse dont les côtes se dressent vers le ciel, au clair de lune. Les autres suivent lourdement chargés. Je surveille particulièrement les porteurs des 2 cuisses que je destine, l’une au chef du village, l’autre au supérieur de la mission toute proche. Le reste est réparti entre les villageois et nos travailleurs. Nous nous réservons un filet. Nos petits réfrigérateurs au pétrole ne peuvent pas en conserver davantage.
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Merci Jean-Paul pour ces trois histoires
Tine la webmaster.













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