
Titre : Pendant l'indépendance au Congo.
Congo Belge - Rey De Neve ©
Comme surveillant des Travaux Publics j'habitais avec mon épouse et nos deux enfants, nés au Congo, à Kisangani (Stanleyville). Notre fils avait à ce moment 3½ ans et notre fille à peine six mois.
Après les premiers troubles à Kinshasa immédiatement après l'indépendance tout restait passablement calme à Kisangani, mais pas pour longtemps et l'exode de la population à l'aréoport commença. Entre-temps un grand contingent d'Etiopiens et des Nations Unies, commandés par des officiers Irlandais, était arrivé à Kisangani. On patrouillait en Jeep avec le logo "ONU" dans la ville et on survaillait l'aréoport. C'est pourquoi que dans cette période je conduisais ma famille à l'aréoport pour les repatrier à la Belgique via Usumbura (Ruanda et Urundi), qui se trouvait à ce moment toujours sous contrôle Belge. Moi-même j'avais décidé d'attendre les évènements et d'essayer de reprendre mon travail normal comme technicien aux Travaux Publics dans le labo mécanique du sol". Plus tard ça devenait impossible par l'exode des blancs et l'arrêt de plusiers d'entreprises.
Certains jours la panique était si grande parmi les "fugitifs" blancs, venant de la province, que des voitures presque neuves étaient à vendre à des prix ridiculement bon marché par leur propiétaires, qui devaient prendre l'avion. La situation à ce moment était insensée. Les banques restaient ouvertes. Le bureau de poste fonctionnait. La police noire maintenait l'ordre.
J'avais p.e. donné une radio, qui ne marchait plus, à un ouvrier noir qui la voulait pour la mettre à sa maison comme meuble. Le soir-même il était à ma porte, accompagné par la police noire qui me demandait si j'avais réellement fait cadeau de la radio. Vous auriez dû lui donner un document, était le commentaire des policiers, pour nous éviter de l'arrêter ! Un ami Wallon, qui était déjà parti m'avait confié son berger allemand. Plus tard je le lui expédiait par avion, après un contrôle sanitaire de l'animal à l'hôpital zoologique de la ville qui continuait de travailler!
Un jour je rencontrais une femme Américaine, l'épouse du médecin-missionnaire Américain. Elle pleurait quand elle me raconta en anglais que son mari venait de mourir, suite à une crise d'appendicite normale, mais il n'y avait aucun docteur à l'hôpital qui était capable de l'opérer. Elle piqua alors d'une crise hystérique. Elle criait "I hate all those blacks, after all we did for them, this is my award, a dead husband". Ce qui voulait dire. Je hais tous ces noirs, après tout ce qu'on a fait pour eux. Ca c'est ma récompense : un mari mort. Je savait bien que 'tous ces noirs" n'était pas vrai, mais je ne savais pas quoi dire. Cette histoire, et beaucoup de tragédies sont venues s'entasser.. Heureusement il y avait des anecdotes plus agréables.
Mais, accuser les politiciens Belges, que c'est leur faute à cause de leur myopie , fait preuve de non-sens. La France et l'Angleterre avaient déjà donné l'indépendance à leurs colonies. Le Portugal et la Belgique étaient les derniers (sauf peut-être la Sahara Espagnole). Avec la Russie communiste et anti-colonial, l'USA n'ayant pas tellement de symphatie pour la Belgique et le Portugal, on peut considérer que, pour conclure, ce sont ces mastodontes qui ont causé le "Uhuru" (Swahili pour liberté) pour le Congo, Mozambique et Angola.
Etant en vacances en Belgique en 1959, après 3 ans comme colonial, je me rappelle le cortège du 1er mai à la Télé avec des slogans "LIBERTE POUR LES CONGOLAIS"
Personnellement, je remercie la Belgique de m'avoir donné la possibilité de vivre cette époque inoubliable dans ma vie, et pour notre petit pays c'était impossible de garder cette colonie. C'est regrettable que les véridiques victimes sont les Colonistes Européens avec leurs plantages de café, défricheurs de bois tropique et autres petites industries. Mais encore plus, la population congolaise elle-même. Heureusement la génération Congolaise actuelle ne sait pas que c'était beaucoup mieux pour eux, sous la soi-disante "oppression Belge" Ce qu'avaient les Congolais en ce temps là, et ce qu'ils ont maintenant, je serais content d'y revenir plus tard.
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