Geneviève Ryckmans ©
AU TERRITOIRE DE POPOKABAKA,
KWANGO
AU TERRITOIRE DE POPOKABAKA,
KWANGO
Ces photos sont celles d’un territorial, qui faisait le métier exigeant et exaltant du territorial en 1955-56 dans le territoire de Popokabaka dans plusiers secteurs successifs..
Tous les mois, il fallait partir en brousse : routes difficiles, secteur très étendu, nombreuses charges et occupations des plus varies. Beucoup de déplacements se faisaient en tipoy vu l’absence de routes (et cela à 150 km au Sud de Léopoldville).
Voici un aperçu de cette vie :
La brousse : après les quelques semaines de mise au courant dans les différents secteurs du Territoire, il fut affecté au secteur Lufuna. Secteur quasi abandonné, étalé du Sud au Nord le long du Kwango, un pays magnifique de larges savanes et de forêts galeries avec les beaux villages de maisons en bois et chaume, propres et bien organisés et le parler chantant, le kiyaka.
Dès le début, je pars en brousse avec François puis plus tard Marie et enfin Emmanuel et Hélène. Dans le camion du territoire, nous mettons les malles (lits, cantines, malles archives, malle bains malle à linge, le parc des enfants...) et partons 25 jours en moyenne par mois. Nous attendons un véhicule pour le retour ou les déplacements. Mais il y a aussi les déplacements en tipoy. Plus tard nous achetons une camionnette VW, la première du coin, ce qui nous permettra de nous déplacer plus facilement. Nous n'avions pas de frigo en brousse, mais bien un frigo à pétrole au poste... que nous n'occupions que 5 jours par mois en moyenne. Nous avions avec nous un planton et un cuisinier ainsi qu’un « lavader », boy de maison, tous bien nécessaires. Je m’occupais des enfants, de la couture, de l’organisation générale pas toujours facile, du ravitaillement bien aléatoire et j’aidais André dans la comptabilité.
Le travail d'André était le contrôle du secteur, la surveillance des champs et de l'hygiène, la perception de l'impôt fusil, très bien perçu car il donnait droit à des bons de poudre (Une bénédiction pour les chasseurs). André apprenait le tambour téléphone, des chants et des devinettes (publiés dans la revue "Zaïre" de Louvain) et commençait à recueillir des proverbes - qui seront publiés bien plus tard en 1996 par L’Harmattan.
De mon côté mon souci était les vivres frais ; poisson, champignons, poulets, chevreaux, parfois du gibier, du saka saka et quelques rares légumes de brousse. J'emmenais des carottes et de la viande fumée, du lait en poudre et quelques boites de légume. Nous nous éclairions avec des lampes à pétrole (Oh les manchons !). Fruits, et légumes ne nous manquaient pas, en général. Un jour de grand vent dans la savane brûlante, je mis à sécher des bananes en un jour et la rangeai dans une boite à biscuits : une friandise. L’ordinaire c’est aussi les œufs, et même les chenilles et vers de palmiers de temps en temps, un peu de gibier et du poisson.…
C'est la vie errante. Un jour, arrivés à l’improviste dans un village, tous les hommes se sont mis à construire un gîte (ce qu'ils devaient faire depuis longtemps). Et le soir, nous dormions dans une maison sentant bon le raphia, le rotin et les herbes du toit. François faisait l'admiration des femmes du village. Elles n'avaient jamais vu d'enfant blanc et ses cheveux blonds lui firent donner le surnom de "mwana mpusu" du nom du raphia frais.
(photos de la page 3 et 4 à Lula Lumene) .
Le pays est splendide, la brousse, les forêts galeries, les fleurs de la saison des pluies, les orages et le feux de brousse… Nous devons faire beaucoup de trajets en « tipoy » pour atteindre les villages écartés. Ceux-ci suivis des malles et bagages en caravane.
Nous parcourions notre secteur de village en village, faisant connaissance avec les gens; bientôt, Marie – second enfant - s'annonce et les gens du village de Tsakala Ngoa viendront tirer du pou-pou à son baptême, à la mission de Ngoa. Elle naîtra en octobre 1955 à la petite clinique de la mission.
La première photo est prise dans le secteur Lubishi où nous sommes transférés en 2006. Plus tard, nous déménageons à Kingoma (ce sera le premier d’une série de 7 déménagements en 6 ans). Ce poste est sur la grande route et nous y sommes seuls. Une seule maison, un gîte, la route à surveiller et la mission à plusieurs km. Pas d'eau sauf à plusieurs mètres de dénivelée (un porteur d'eau faisait le trajet pour l'eau potable et je faisais le plein dans un marigot bien sale pour l'eau de lessive et de nettoyage dans de grandes touques de 200 litres, aidée par les cantonniers.
Outre le travail habituel du territorial (états civils, contrôle des champs, des marchés et des villages) etc. Nous devons surveiller la route, pour empêcher les camionneurs de transporter des travailleurs sans autorisation et dans des conditions invraisemblables.- entassés sous la bâche du camion- De plus, nous devions entretenir la route, payer et surveiller les cantonniers. Ils plantaient des ananas pour stabiliser les talus. Tout profit pour eux... et pour les voyageurs.
Nous partions aussi dans les villages de cette zone, souvent en tipoy dans les forêts galeries et dans les collines.
Un jour où tous les biberons s'étaient cassés, un coureur est parti vers la mission de Kimvula le soir et est revenu le lendemain avec des biberons. Un fameux trajet fait rapidement. Bien récompensé et félicité, il était heureux. Qui a dit que les noirs étaient paresseux ? De plus ils étaient si attentifs : André les a un jour entendus chanter lors d'un trajet en tipoy, « Attention à Madame, elle a une petite graine d'enfant dans le ventre ». C'était Emmanuel (le troisième) qui s'annonçait.
Geneviève Ryckmans ©