"Témoignage de Michèle Timmermans - Zoll sur sa vie d'otage" ©
à Stanleyville durant les 111 jours d'ocupation par les rebelles simba
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"Témoignage de Michèle Timmermans Zoll sur sa vie d'otage"
à Stanleyville durant les 111 jours d'ocupation par les rebelles simba
Stanleyville, en 1964.
L'histoire telle que moi je l'ai vécue, ressentie, sentie, très égoïstement, je m'en excuse.
Avant que nous ne soyons emmenés à l'hôtel des Chutes, nous vivions déjà des situations très pénibles.
Perquisitions, les rebelles entraient, sans prévenir, à six ou sept, enfants soldats compris. Brutaux, effrayants, cherchant armes, nourriture, créant souvent des paniques que nous ne montrions pas. Ils renversaient tout, vidaient le frigo. Un enfant soldat bien souvent le même, je le reconnaissais, armait son arme, pointant le canon sur la tempe de mes bébés. Il me regardait en riant. Je savais que je devais rester impassible, surtout ne pas bouger, peu de choses auraient pu faire partir le coup. Après quelques minutes, il retirait son arme, remettait la sécurité et partait d'un énorme rire. Comment expliquer cette peur, il n'y a pas de mots. C'est arrivé à plusieurs reprises. Ces rebelles tiraient sur les Africains dans la rue pour je ne sais quelle raison. Les Africains devaient circuler avec une branche et crier "maie, maie", sans cela, ils étaient abattus. Il y avait trois cadavres devant chez nous, le magasin Peneff. C'était horrible, et le climat étant ce qu'il était, l'odeur était insupportable, en écrivant j'ai l'impression de la sentir encore.
La nuit ça tirait de tous côtés, nous nous réfugions dans le seul couloir de l'appartement. Nous étions cinq adultes et quatre enfants. Pas de lumière, mais la peur toujours cette peur! Dans le fond de ce couloir, il y avait une petite salle de bain, avec une mini fenêtre. Malgré cela, nous avions vraiment très peur d'y aller pour les toilettes. Pour la nourriture, c'était la débrouille. Nous avions un boy qui nous ramenait des petites quantités de ce qu'il pouvait trouver. Quand l'atmosphère paraissait un peu plus calme, nos hommes partaient à vélo (tous les véhicules avaient été réquisitionnés) chercher à manger. Tout ce qu'on trouvait était bon.
Monsieur Hardy était avec nous. Il était arrivé avec le dernier avion et devait prendre la route avec une voiture qui se trouvait chez nous. Tout avait été convenu avec mes parents à Bujumbura. M.Hardy vivait à Buja avec son épouse et son fils de 10 ans, Daniel.
Il a donc vécu comme nous ces évènements durant quatre mois. Malheureusement, comme Marco il est décédé.
Par la suite, ils sont venus nous chercher avec deux véhicules. Il fallait faire très vite, contrôle de papiers.....Je n'ai eu le temps que de prendre deux biberons, deux langes et un bébé sur chaque hanche. Marco, lui, prenait nos papiers. Pas le temps de réfléchir, ni de se poser de questions.
Arrivés à l'hôtel des Chutes, il y avait beaucoup de monde, nous étions au fond, ensemble, assis à une table. Là, nous avons vu que les rebelles enlevaient le voile des religieuses avec violence. Monsieur Nothomb est intervenu, ils l'ont battu. Ma fille s'est mise à crier, ils ont hurlé de la faire taire.....faire taire un bébé! Menaces etc. J'avais, à ce moment-là, un bon Dieu pour moi, la petite s'est tue. Après un certain temps, je ne sais plus combien, ils ont décidé que les hommes partiraient, les camions sont arrivés, ils ont fait monter les hommes et sont partis. Ils nous ont fait monter à l'étage. Nous avons réalisé que tout pouvait nous arriver. Nous avons pris une chambre, la première à côté de l'escalier. Il y avait Mady Peneff, ses deux petites filles, une autre personne, je ne sais plus qui, mes deux bébés et moi. Il n'y avait pas de place pour tous sur un lit de deux personnes. J'ai aménagé, dans un coin, un petit enclos pour mes bébés, y ai mis une couverture de "zamu". J'ai pris une autre couverture de « zamu » pour moi. Je dormais par terre, à côté de mes bébés, toute habillée, avec mes chaussures et mes lunettes. A côté de moi, une bouteille vide, au cas où je devrais me défendre ! Ce n'était qu'illusion, je n'aurais jamais su me défendre ni défendre mes bébés. Heureusement, cela ne m'est pas arrivé. Toutefois, la nuit ils rentraient et nous braquaient avec des torches en pleine figure. Nous entendions crier des femmes dans des chambres à côté. Nous savions ce qui se passait. Nous ne pouvions rien faire. Le matin, nous allions les aider comme nous le pouvions.
J'étais tétanisée, je ne laissais jamais mes bébés, un sur chaque hanche en permanence. Il y avait une terrasse tout le long, sur laquelle donnait chaque chambre. Cela nous permettait quand même de sortir de notre trou. Nous avions aussi une toute petite terrasse qui donnait sur l'extérieur. Une nuit, tard, j'entends doucement frapper à cette porte, j'ouvre, c'était mon boy, effrayé mais avec une boîte de lait en poudre et quelques langes. Je l'aurais bien embrassé. Il m’a repris les langes sales. Il a fait cela chaque fois qu'il en a eu l'occasion, il m'apportait ce qu'il trouvait. Encore aujourd'hui j'y pense souvent et combien je le remercie.
Les Grecs et les Portugais nous apportaient à manger, la plupart du temps il n'y avait pas assez pour tous. Comme une bête, je guettais et j'étais dans les premières pour avoir quelque chose pour mes enfants et moi. Ce n'est pas très honorable, mais je ne pensais qu'à nous, je me sentais traquée. Besoin de manger pour vivre. Avec le lait en poudre je mélangeais de l'eau du robinet, brune, que je faisais passer dans de l'ouate. Je pensais éviter ainsi que ne passent les crasses. J’y mélangeais une sardine. Je coupais un peu le trou des tétines. Mon fils avalait, il avait faim. Ma fille ne voulait pas. Je l'ai donc forcée à la cuillère, je voulais à tout prix qu'elle mange. Un jour, on nous a apporté des boîtes de poulet entier, venant encore de la guerre de Corée. Elles étaient gonflées, personne n'osait y toucher. Je suis arrivée à ouvrir une boîte, une odeur épouvantable, j'ai retourné le tout dans une gamelle, c'était de la gélatine. Mes enfants et moi avons mangé....On m'appelait « poubelle », mais mon instinct me dictait cela. Je devais conserver un minimum de forces pour mes enfants. Je ne les lâchais pas. Les hommes sont venus une fois, surveillés mais vivants, pas moyen de parler, mais de part et d'autre un peu rassurer.
Puis a commencé la guerre des nerfs. Les rebelles nous disaient que le lendemain, ils abattraient 9 de nos maris au Monument Lumumba. Effectivement, on entendait les neuf coups. Je ne bronchais pas, ils nous regardaient. Malheureusement, certaines ont craqué, elles ont été battues.
J'étais au Congo depuis des années, à Stan depuis 55, je savais qu'en aucun cas, je ne devais montrer mes sentiments. Je parlais le Swahili, mes enfants (« mapassa ») étaient nés à Stan. Les premiers Européens depuis l'indépendance. Je suis persuadée que tout cela a fait qu'on ne nous a pas touchés. Mais c'est après qu'on analyse la question.
* signifie « jumeaux » en swahili
Quatre mois, avec la faim, la soif, le manque de sommeil, et cette peur panique! Une ambiance de violence, de brutalité. On n’est plus soi-même, on ne réfléchit plus, on agit avec instinct, on peut même, soi-même, être agressif pour le bien de ses enfants. Ca m'est arrivé avec une personne qui me demandait de l'aider, mais j’aurais dû laisser mes petits, j'ai dit non. C'est très dur cette vie, ça n'a plus rien d'humain.
Le 22 novembre nous avons été transférés au Victoria, nous y avons retrouvé nos maris. Nous étions rassurées et contentes. Mais rien ne changeait, au contraire. Les rebelles étaient surexcités, drogués. Nous n'étions vraiment pas tranquilles. Toujours cette atmosphère de terreur et de peur.
Le 24, nous sommes réveillés par le bruit des avions, je regarde par la fenêtre et ce sont les paras !! Je me dis "c'est fini, c’est la mort ou on en sort". J'attrape à toute vitesse deux biberons de lait, je prends un comprimé, qui se trouvait là, du "Pertranquil", un calmant, je prépare mes bébés. Nous sommes tous paniqués.
Les rebelles montent dans les étages, nus, avec juste quelques branches autour de la taille, machettes et armes à la main. Ils sont fous furieux, hurlent, donnent des coups au passage et exigent que les hommes descendent. Je vois donc par la fenêtre, tous les hommes regroupés partir dans la rue. Je m'aperçois qu'une femme suit à quelques mètres. Sans réfléchir plus, je me dis qu'on va, nous, passer un mauvais quart d'heure. Je prends mes bébés, je descends et je suis les hommes aussi. Mon mari se retourne et me voit arriver de loin. Il ralentit, j'accélère et on se rejoint. Arrivés au bout de la rue, ils nous font arrêter, discutent bruyamment, toujours dans un état de totale colère. Un sourd-muet qu'on connaît est là...une vraie terreur. L'un d'entre eux donne l'ordre de tirer, à bout portant, tout le monde se couche. J'ai à côté de moi mon mari, un des bébés, l'autre est à mes pieds. Celui qui est à côté de moi hurle et essaye de partir à quatre pattes, je le tiens de toutes mes forces pour qu'il ne sorte pas de la mêlée et devienne une cible. Les coups de feu partent dans tous les sens. Je suis touchée, je me rends immédiatement compte que c'est grave, je ne sais presque pas respirer, j'ai du sang partout, je dis à mon mari de bien garder les enfants. Il panique vraiment, se redresse légèrement, crie d'arrêter mais est touché. Une balle dans la tête, il meurt sur le coup. Je m'en rends compte de suite, je suis affolée, j'essaie d'empêcher le sang de sortir du petit trou qu'il a à la tempe, je crie mais rien ne sort, je ne sais pas respirer. Les coups de feu se calment, les gens hurlent, ceux qui peuvent s'encourent, mais sont immédiatement abattus, car il reste des rebelles cachés dans la verdure. Les paras arrivent, quelqu'un me prend dans les bras, je regarde et me rend compte que c'est le Colonel Laurent, je le connais très bien, nos yeux se croisent, il n'en revient pas. Il me met dans la maison qui est là, à côté, défonce la porte avec son pied, m'installe par terre, me dit quelques mots gentils et repart. Après cela un trou ! Je me retrouve par la suite à la sortie de la petite galerie de Larousse Congo. J'ai près de moi l'aumônier militaire, il me donne les derniers sacrements, je suis calme, je ne sais pas où sont mes enfants ni s'ils sont vivants, mais je ne parviens pas à réagir, je ne pense qu'a eux. Un trou. Je me retrouve dans un pick-up avec un autre blessé et quelqu'un qui n'a rien, il nous accompagne vers l'aéroport, je me rends compte qu'on nous tire dessus de tous côtés. On arrive à l'aéroport, je vois ma belle-sœur, Paule, blessée au bras, mais debout, je lui dis que Marco est mort, elle me rassure, mais je m'énerve et lui affirme qu'il est mort, que je ne sais rien des enfants. Un trou. Je me retrouve dans un avion, par terre, beaucoup de bruit, des bancs tout le long. Madame Domasic est là, elle me dit que les enfants sont là, qu'ils n'ont rien. J'entends une fois encore qu'on tire sur l'avion. Un trou. Je me retrouve dans une ambulance, le sang me sort par la bouche et le nez. Un trou. Je suis dans une chambre d'hôpital avec, à mes côtés, ma belle-sœur, Mady, et mon beau-frère, Michel. Je suis couchée sur le ventre, je respire difficilement. On me soigne localement c'est tout. Arrive la RTB pour interviewer Mady et Michel. Personne ne s'occupe de moi. Un trou. Me voici dans une chambre, seule. Le médecin m'annonce qu'ils vont me mettre un drain, sous anesthésie locale. Je m'en souviendrai longtemps, mais c'est ma seule chance pour le moment. Je souffre beaucoup, le drain en verre, et moi sur le dos !
On m'annonce que ma mère est là, que je dois à tout prix rester calme, que tout va bien. Il faut dire que mes parents sont restés sans aucunes nouvelles depuis quatre mois, plus peut-être. Que mon père devenait fou d'inquiétude. Ils ont reçu un premier télégramme du Ministre P-H Spaak, leur annonçant que mon mari et moi avions été tués, et que les enfants avaient disparu! Puis, un nouveau télégramme disant que j'étais à l'hôpital Danois à Kinshasa, mais entre la vie et la mort. Ma mère a immédiatement fait le nécessaire pour obtenir un visa et mettre les enfants sur son passeport. A Bujumbura, tout le monde savait ce qui se passait, ma mère a donc été fort aidée et a pu partir très vite.
Je viens de retrouver un article datant de l’époque, il s’agit d’un extrait de la chronique journalière d'un commerçant belge à Stanleyville :
"Madame Marco Peneff fut transportée par après, quasiment inconsciente, et elle ne fit aucun mouvement. On aurait dit qu'elle était morte, mais je savais que non car elle avait dit peu de temps avant à Michel Peneff "Dis à Poncelet de me mettre une couverture, j'ai si froid."
C'est une des familles les plus éprouvées. "
Je viens de recevoir une lettre de Daniel Hardy que j'ai retrouvé il y a peu. Il m'envoie également une photocopie de la lettre que sa maman a reçue de l'Ambassade de Belgique de Leopoldville, en décembre 1964. Souvenir dont je ne me souviens plus mais qui m'émeut beaucoup. Je cite : "C'est grâce au témoignage de R.P.Vereertbrugghen, curé de la Cathédrale de Stanleyville, qui connaissait très bien la famille Peneff, chez qui logeait votre époux, que celui-ci put être identifié avec certitude ».
D'après les déclarations faites par Madame Marc Peneff-Zoll, hospitalisée à Leopoldville au curé-doyen de Stanleyville qui lui rendait visite, c'est Monsieur Marc Peneff qui aurait gravé le nom Hardy sur la montre de votre mari ".
Ma mère est donc arrivée dans ma chambre, détendue, souriante, comme si elle m'avait quitté la veille.......Quel courage, quelle force, je l'en remercie encore, bien qu'elle ne soit plus là. Je regrette de ne pas lui avoir assez dit combien elle m'a soutenue et aidée. Je ne lui ai pas assez dit combien je l'aimais et l'admirais. Les histoires du passé étaient peu de choses à côté de ce qu'elle a fait pour les enfants et moi, ainsi que le reste de ma famille, j'y inclus tout le monde.
Elle m'a donc prise en charge directement, moralement en particulier, en me disant que les enfants étaient bien.
En fait, les enfants étaient dans deux familles différentes, et le problème était de les retrouver. Ils étaient bébés, personne ne savait qui ils étaient. L'Ambassade de Belgique et l'acharnement de ma mère a fait qu'on a assez vite retrouvé le premier, pour le second, ça a été plus difficile. Tout cela je l'ai su bien après.
Ma mère restait avec moi la journée, puis me quittait pour justement s'occuper du reste. Une nuit j'avais très soif. Dans les chambres, il n'y avait pas de sonnettes, les gens criaient pour appeler, et aussi de douleur. C'était très dur d'entendre cela. Finalement un infirmier africain m'apporte à boire. Je bois sans me rendre compte de rien, en fait il m'avait donné de l'eau de Cologne ! Maintenant je comprends, le travail, le stress de ces gens. Une erreur est possible. Sur le moment, je lui en ai beaucoup voulu. Depuis ma mère a décidé de rester la nuit aussi, elle dormait dans un fauteuil. Après plusieurs jours, voyant que je tenais le coup, les médecins ont pris le risque de me faire rentrer en Belgique avec un avion sanitaire pour grands blessés. Nous étions donc à plusieurs sur des civières avec un accompagnateur, en l'occurrence, pour moi ma mère. Les enfants étaient avec nous.
Nous sommes arrivés à Bruxelles le 6 décembre 64, il faisait noir. Tout était parfaitement organisé. Les ambulances étaient là. Je me suis retrouvée dans une ambulance, dans laquelle m'attendait ma marraine. Dans l'avion on m'avait dit que j'allais à l’Hôpital Saint-Pierre. L'ambulancier m'amène à Brugmann, je lui dis que je refuse de descendre.....je veux aller à Saint-Pierre. Tout le monde s'affaire et finalement nous voilà partis pour Saint-Pierre, où, en effet, je retrouve ma mère, mon père, mon oncle et ma marraine qui m'accompagnait. Il a fallu que tous me laissent, car je devais être soignée de suite, radios etc. J'ai eu beaucoup de chance que le Professeur Dumont se soit occupé de moi. Il s'est battu pour que l’on ne m'enlève pas le poumon, il jugeait qu'il fallait attendre. On m'a enlevé le drain derrière pour m'en mettre un plus fin et par-devant. Nettement mieux et plus confortable. On m'a branchée à un poumon artificiel durant quelques jours. Et - oh miracle ! -, mon poumon a doucement repris. Après cela, il fallait enlever la balle, et avant ça, la trouver. Ca n'a pas été facile de la repérer .Finalement elle était en-dessous du bras. Anesthésie locale aussi, je pesais 32 kg. !
En définitive, trois côtes éclatées, balle dans la plèvre, mais j'en suis sortie. Mes deux petits bouts étaient, eux, dans le Home Reine Fabiola à La Hulpe. En quarantaine au début, germe de la paratyphoïde, dysentrie, malnutrition. Mon fils, une balle lui a effleuré la tête, on voyait l'os, mais c'est tout ! Ils sont restés là durant environ quatre mois. Mes parents m'ont conduite chaque jour à La Hulpe, car même si je souffrais énormément du dos, je voulais voir mes enfants. Par la suite, il a fallu tout reconstruire, peu à peu, avec beaucoup de chagrin, de cauchemars. Mes enfants m'ont donné le courage et la force qu'il fallait.
Mais tout reconstruire n'est pas facile !
Heureusement maman s'occupe de tout. Nous sommes rentrés sans le moindre papier. On était en 1964, le Congo était indépendant.
Nous habitions Ixelles, maman a couru partout, il fallait prouver que j'étais mariée, que les enfants avaient un père légitime, et même, dans un premier temps, prouver le décès de Marco. Ceci a vite été solutionné, mais pour nous, une vraie galère. Finalement après des mois, il a été décidé que je devais fournir des attestations faites sur l'honneur, de personnes connues. J'ai encore plusieurs de ces attestations. Et en fin de compte les enfants ont été enregistrés à la commune d'Ixelles. C'est pourquoi, depuis, lorsqu'ils ont besoin d'un acte de naissance, c'est à Ixelles qu'ils le reçoivent même s'ils n'y sont pas nés.
Maman a travaillé six mois pour nous, pour que nous ayons tous nos droits, rien n'a été négligé ni oublié. Merci maman, encore merci pour nous trois !
Tous, nous avions une "marraine" pour nous aider à nous réintégrer. Pour moi, c'était Madame Detiege, Direction de la Croix Rouge. Cette dame m’a beaucoup aidée, surtout quand j'ai recommencé à travailler.
J'ai aussi eu beaucoup d'aide de la Pharmacie Mertens. Ils ont organisé des collectes de toutes sortes.
En 1965, j'étais en convalescence. Un jour je décide d'aller seule au cinéma, qui se trouvait avenue Louise, pour voir le film de Lelouch "Un homme et une femme". Je suis restée "scotchée" à mon siège en regardant ce film et en écoutant cette magnifique musique. Pour la première fois, je me suis posée des questions sur mon avenir. C'était tellement fort que je suis resté dans la salle pour le revoir une deuxième fois.
Chaque fois que j'entends la musique, ou que l'occasion se présente de revoir le film, je ne le manque pas et je repense à "moi" ce jour-là.
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