© Titre: Les Tams Tams de la Mémoire - Maliba Makasi
Auteur : Jacqueline Schorokoff - Robert
Prix de vente 20 €
ISBN 2-74814062-
Éditions JACAN Rue Castor 8 1421 Ophain Bois Seigneur Isaac
Email : j.schoro@gmail.com -
Télephone 02 384 37 40 .
Née à Liège en 1935
Professeur de français et de psychologie, elle a passé sa jeunesse au Congo Belge.
Des gouttes tièdes s'écrasèrent sur ses bras et ses épaules. La pluie ! En quelques secondes, le ciel s'ouvrit ; des cataractes s'abattirent sur eux. L'eau lui coulait dans les yeux : elle voyait à peine le dos d’Ivan devant elle. Le vent chassait la pluie en rafales, drapait des rideaux mouvants qui s'étiraient sur le fleuve mais les vagues diminuèrent peu. Ils luttaient, le front baissé, sans savoir ni où ils étaient ni où ils allaient ; simplement, sans parler, ils luttaient. »
Congo belge, Stanleyville, 1952. Dans la moiteur équatoriale, trois personnages, un homme, deux femmes se débattent dans la jungle des non-dits. Qui est vraiment Marie ? Marc est-il aussi innocent qu'il le croit ? Lou pourra-t-elle faire marche arrière ?
A propos du roman
- C’est une déclaration d’amour à Stanleyville, une ville qui n’existe plus, qui a perdu jusqu’à son nom (puisqu’à présent, elle s’appelle Kisangani) et que j’ai connue au moment où elle était au faîte de son développement : elle avait dépassé les balbutiements, parfois sanglants, lors de la campagne antiesclavagiste au XIXème siècle pour atteindre son épanouissement ; fêtes et bals se succédaient et ce genre de vie un peu factice convenait parfaitement à l’adolescente que j’étais.
- La situation économique était florissante ; je ne vais pas vous accabler sous les chiffres : un exemple : le revenu national brut congolais, en 1956, est de 49 milliards de francs belges ; il augmente en moyenne de 10% par an alors que dans les pays industrialisés, dont la Belgique, il augmente seulement de 3 à 5 %. Au point de vue politique, le calme règne jusqu’en 1958, lorsque la classe dite des « évolués » s’inspirant de ce qui se passe dans les autres colonies, françaises notamment, commence à réclamer une participation politique. J’avoue que, en 1952, ces problèmes ne m’intéressaient absolument pas. La jeunesse blanche était complètement inculte au point de vue politique et ça a été un choc pour nous, lorsque nous sommes rentrés en 55, de voir l’effervescence politique qui bouillonnait alors dans les universités.
- Actuellement, deux types de discours, sans nuance tous deux, me mettent en boule : celui des anciens Coloniaux pleins de nostalgie, qui portent au pinacle les réalisations sanitaires, logistiques, économiques et n’admettent pas les erreurs éducatives, politiques et relationnelles. Au point de vue éducatif, par exemple, la Belgique avait décidé d’éduquer progressivement les masses plutôt que de former des élites pétries de la culture de la métropole. Si elle avait eu le temps, disons au moins 30 ans de plus, sa vision aurait certes été remarquable ; mais les circonstances ont fait que le Congo s’est retrouvé à l’Indépendance avec moins d’une vingtaine d’universitaires. Le point de vue des anti colonialistes est également tendancieux ; ils parlent de racisme, de ségrégation, d’exploitation sans essayer de comprendre que l’époque était différente, que les mentalités ne correspondaient nulle part aux critères actuels. Comme je l’ai dit plus haut, nous n’étions absolument pas au courant de ce qui se passait en Europe. Mes critiques d’adolescente ressemblaient donc à celles de n’importe quel jeune, à n’importe quelle époque : c’était la société adulte, son hypocrisie, sa mentalité étroite, ses préjugés qui faisaient l’objet de notre révolte.
PREFACE
J’entends parler, de plus en plus, des mérites ou des faiblesses de la colonisation belge en Afrique. Parfois, ce que je lis est si étranger à ce que j’ai connu que je me demande si l’on parle de la même chose. Je crois que non. Depuis des années, les mensonges s’empilent et brossent de cette période une peinture, parfois idéalisée mais le plus souvent diabolisée, dans un but politiquement intéressé.
La réalité était bien différente. C’était la vie au jour le jour, avec ses joies et ses peines, ses injustices et ses enthousiasmes, c’était la vie calme et lente, coupée du reste du monde, dans une nature superbe et cruelle.
J’ai vécu mon adolescence au Congo ce qui me poussait plutôt à critiquer cette société qu’à l’admirer, révolte oblige. Toutefois, je manquais cruellement de repères pour en imaginer une autre. Je me demande, aujourd’hui, si ceux qui désiraient un autre Congo avaient beaucoup plus d’idées que moi.
L’Indépendance a effacé ce mode de vie aussi complètement que la guerre de Sécession a détruit la civilisation sudiste. Rien n’est plus pareil et ce n’est pas à moi de dire si c’est mieux ou pire.
Les Tams Tams de la Mémoire
Simplement, avant de juger une époque, il convient de se souvenir que les critères actuels n’existaient pas en 1960, que le rêve de Martin Luther King ne bouleversera l’Amérique qu’en 1963, que les Noirs américains attendront longtemps encore avant de le réaliser et qu’à cette époque les femmes osaient à peine imaginer qu’elles aussi pouvaient rêver !
J’ai donc essayé d’évoquer ce passé, sans vouloir le juger, j’ai cherché simplement à retrouver la saveur de la vie là-bas, la lenteur, la chaleur, l’ennui, l’insouciance, la gaieté et, surtout, la beauté incroyable de la nature.
De vieilles photos jaunies, personne n’attend la précision des clichés actuels ; on se laisse simplement bercer par leur nostalgie et leur charme suranné. J’aimerais qu’il en soit de même pour ce livre.
Je voudrais remercier tous ceux qui m’ont soutenue, en premier lieu, l’homme de ma vie, qui a vaincu pour moi les pièges innombrables de l’informatique et les amis, qui ont pris le temps de relire, de corriger, tout en m’encourageant, Paul Delsemme, Jacques Franco, Claude Nemry, Pierre Vercauteren, Robert Vidal, Vladimir Volkoff
Commentaires de lecteurs
Je dois te remercier pour les heures extraordinaires que tu m'as permis de vivre.
Je ne suis pas sorti de mon appartement le premier week-end, scotché au roman de ton épouse. Les mots me manquent pour te dire à quel point j'ai été touché par cette littérature qui m'a expulsé de ma vie actuelle pour me remettre au coeur de l'Afrique et de ma jeunesse.
D'autant plus, en ce qui me concerne, que pas mal de lieux et de personnes, je les ai parfaitement connus. L'avenue Ernestine et l'ULB à Bruxelles, beaucoup d'endroits et de personnages des années 60 à Kinshasa. Et même Moscou, le train Moscou) Leningrad, la Finlande, le Bruxelles des nouveaux arrivants etc. J'ai fait dans ma jeunesse un voyage que je ne croyais plus possible. Elle a résisté à la tentation de décrire longuement les lieux où nous avons vécu, en quelque mots on les revoit jamais passer une ligne, avec presque un regret et un désir d'en parler davantage avec elle et de savoir ce qu'elle en a pensé. Du très grand art ! Les phrases claires et limpides, on a l'impression qu'on aurait pu les écrire, on ferme le livre et on voit les images, les situations, mais quand on veut les formuler, on doit retourner à la page qu'on vient d'abandonner.
Je m'arrête, il y a tant à dire, je n'ai jamais rien lu d'aussi lucide sur le Congo, les Coloniaux, sur l'histoire, les rebondissements, les phrases clefs ("la saveur de la vie là-bas, la lenteur, la chaleur, l'ennui, l'insouciance, la gaieté et, surtout, la beauté incroyable de la nature" ou "personne ne se souviendra plus du parfum de vie au bord du grand fleuve" ou "un cloisonnement subtil, non seulement entre Noirs et Blancs, mais également entre les différentes nationalités..." ou "pour moi la seule séparation : entre les jeunes et les adultes" et tant d'autres phrases que l'on aime relire.
Philippe Piron, Notaire à Mons.
J’ai été enthousiasmée par ma lecture du livre de Jacqueline Schorochoff-Robert, « Les Tams Tams de la Mémoire / Maliba Makasi ».
Le roman est un vrai « thriller » sentimental : lecture entamée, on ne peut tout simplement plus la lâcher ! Très bien écrit, le style est clair, limpide et imagé.
La « peinture » de la vie coloniale des années 50 vue par ses jeunes gens d’alors (je suis une ancienne d’Afrique, de la même génération que l’auteur) est troublante de réalisme (on s’y croirait, on s’y sent), de vérité vue avec empathie mais sans complaisance. Si le roman se passe à Stanleyville, ce qui est décrit est transposable mutatis mutandis à l’identique à Elisabethville où j’étais, et certainement partout ailleurs dans notre ancien Congo. Mais par dessus tout, c’est l’émotion qui vous étreint quand on retrouve avec l’auteur, l’amour pour ce pays que nous n’avons pas oublié.
En bref, j’en recommande chaleureusement la lecture ! J’ai beaucoup aimé !
Monique LAURENT
Voici un roman, au style alerte, tissé sur fond de vie coloniale, où nombre d’ « anciens » retrouveront l’atmosphère d’une époque presque aussi obsolète que celle des années folles dans l’Europe des années vingt.
Oui, un brin de folie, de la mélancolie, du dépaysement, une angoisse latente aussi, et, pour certains des acteurs, un décalage perturbant entre les racines du terreau natal et l’éblouissement solaire de l’Afrique. Mais, surtout, cette liberté qu’offrait une vie délivrée dans anciens tabous, dans un pays à la fois très ancien et très neuf. Car l’Européen qui emportait, avec et malgré lui, une manière d’être et des besoins liés à son passé, devait les adapter à un milieu diamétralement différent.
La chaleur moite de la région de Stanleyville, où le récit se déroule – climat éprouvant, d’une part et excitant de l’autre – n’était pas non plus sans influencer les comportements.
La jeunesse, elle, s’y trouvait à l’aise, puisque sans références au monde gris et terne du continent nord. Mais, cependant, trop tôt confrontée aux réalités adultes. Le côtoiement quotidien des Africains, au parler direct, à l’humour déroutant, avec ce don qu’ils ont de laisser croire que le blanc les « comprend » alors que leur univers est autrement subtil et différent, contribuait aussi à les mettre, les uns et les autres, en porte à faux.
Car, sous une apparence de roman de mœurs, c’est bien à une tragi-comédie humaine sans concession, presque cruelle, se déroulant dans ce microcosme insolite, que nous sommes appelés à participer. Un îlot citadin typique, à cent lieues de la vie rude des broussards, des colons planteurs ou éleveurs, des petits entrepreneurs et commerçants. Ilots plus ou moins paradisiaques où ces besogneux venaient « s’exploser » de loin en loin, pour se donner le courage de persévérer.
Mais, tandis que les intrigues, les rires et les larmes filaient leurs écheveaux fragiles, les années terribles se profilaient sur les couchants incandescents.















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