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LA PREMIÈRE TRAVERSÉE DU KATANGA EN 1806

Voyage des « Pombeiros » d'Angola aux Rios de Sena

TRADUIT ET ANNOTÉ PAR
A. VERBEKEN
COMMISSAIRE DE DISTRICT HONORAIRE DU CONGO BELGE ,
ET
M. WALRAET
CONSEIL LER ADJOINT AU COMITÉ SPÉCIAL DU KATANGA ,
PROFESSEUR de L'INSTITUT UNIVERSITAIRE DES TERRITOIRES D 'OUTRE-MER,
MEMBRE ASSOCIÉ DE L 'INSTITUT ROYAL COLONIAL BELGE.
Mémoire présenté à la séance du 18 mai 1953.
Les Pombéiros Annexe au document : «La pénétration dans les régions du centre africain»
POMBEIROS: Nom donné quelquefois aux Portugais qui s'engageaient pour leur commerce à l'intérieur du pays, mais qui désigne ordinairement les Noirs, dressés pour le commerce des populations éloignées des centres urbains ou des garnisons (forteresses). Au début du XIXe siècle, deux pombeiros, Pedro Joao Baptista et Anastasio Francisco (1802- 1811), établis à Casanje, furent envoyés vers la côte orientale d'Afrique, qu'ils atteignirent. Dapper écrit qu'un Cafre vint de Sofala en Angola. Degrandpré acheta à Cabinda une femme esclave qu'il croyait venue de la côte orientale. 31 mars 1949. Mgr J. Cuvelier.
Pour les Pombeiros, voir Dapper, pp. 593, 608. — Roteiro da cidade de S. Paulo de Luanda, 1939, p. 76.

La traite négrière méridionale.

En même temps que se développait le trafic d’esclaves pratiqué par les potentats arabes à l’Est, l’Ouest et le Nord du pays, la partie méridionale du territoire centrafricain était aussi dépeuplée par les négriers européens. Depuis l’existence du royaume du Congo et surtout à partir du XVIIIe siècle, le Mani-Kongo affrétait de longs convois de pirogues qui remontaient le fleuve Congo puis ses affluents, la Sangha et l’Oubangui pour aller lui ramener de l’intérieur sur les côtes, soit à Loango, soit à Pointe Noire des milliers d’esclaves qui étaient ensuite acheminés vers les Antilles ou vers la mer des Caraïbes. Il y en avait qui étaient déversés sur les franges côtières brésiliennes ou guyanaises où les riches propriétaires terriens les achetaient pour leur plantation de canne à sucre, d’indigo ou de tabac.

Jusqu’en 1895, malgré les nombreuses campagnes de patrouilles effectuées le long des côtes atlantiques par les navigateurs anglais et français en vue de rendre effective l’application de la loi se rapportant à l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies françaises d’Outre-Mer, le commerce d’esclaves pratiqué en contrebande, était encore intense. Les Boubangui ( Bangala, Mbochi, Pandé et Ngbaka surnommés autrefois Bouzerou ), peuples riverains par excellence ayant construit d’amont en aval du confluent Oubangui leurs villages en forme de grains de chapelets et jouant aussi fort longtemps le rôle d’intermédiaires entre les chefs locaux traditionnels de l’intérieur et les " pombéiros ", étaient les principaux pourvoyeurs d’esclaves sur la rivière. Dans ses écrits, Mgr Augouard, ( ** ‘vingt huit ans au Congo » Poitiers, 19O5, 2 vol. 533 et 648 pages ) n’a cessé de dénoncer le trafic humain qui se poursuivait encore sur le fleuve Congo et son affluent l’Oubangui. Chaque année, d’importants convois de longues pirogues drainaient des milliers d’êtres humains vers une destination inconnue où des courtiers spécialisés dans ce commerce honteux venaient en prendre livraison. Il arrivait que le prélat, plein d’altruisme, les rachetât puis il offrait aux affranchis leur liberté en les installant, soit aux alentours de l’Eglise Saint-Paul des Rapides, soit au village de la Liberté Sainte Famille de Bessou où on apprenait plus aux jeunes le catéchisme et aux adultes le travail de la terre.

En résumé, les principales causes du faible peuplement de l’espace centrafricain sont à mettre à l’actif de la traite négrière pratiquée de manière intensive pendant plus de deux siècles par les marchands arabes et peulhs, sous la bannière de l’islam en direction des vieilles monarchies orientales, méridionales et septentrionales. Avec la loi abolissant l’esclavage dans les colonies françaises ( Antilles et Guyanes ), les côtes atlantiques étaient quotidiennement surveillées par les forces navales franco-britanniques si bien que la traite négrière en direction des côtes américaines et indiennes posait de sérieux problèmes. Quelques tentatives de déportation des esclaves oubanguiens sur les îles indiennes se heurtaient à la prise de position des Eglises catholiques. On pourrait estimer à quelques dizaines de milliers d’âmes qui auraient été arrachés à leur terre natale par les « pombéiros » ( métis portugais ) qui jouaient le rôle d’intermédiaires auprès des négriers installés sur les côtes. La fameuse « mission civilisatrice », la colonisation qui était en réalité de « l’esclavage déguisé » décida de prendre le contrepied de la loi abolissant la traite négrière. Elle mit en place une stratégie de contournement du texte législatif qui consistait à amener les colons à s’implanter sur le territoire conquis et à faire travailler sur place les peuples colonisés afin de ravitailler l’Europe avec les produits tropicaux dont ses industries avaient besoin. Le système colonial ouvrit grandement le boulevard aux exactions et abus avec la mise en place des compagnies concessionnaires et des maisons de commerce européen à capitaux privés qui avaient besoin de main-d’œuvre abondante et à bon marché afin de permettre le pillage systématique du pays. Astreints donc aux durs travaux forcés, pendant plus d’un demi-siècle, les peuples oubanguiens devaient payer de lourds tributs en vies humaines au système colonial, lesquels étaient attestés et certifiés par un faible peuplement dont le relèvement est lent.

A noter que la traite négrière pratiquée par les marchands arabes en direction du Levant et du Tchad a été la plus âpre et la plus dévastatrice. En l’absence des statistiques et des registres des esclaves déportés, on pourrait estimer à plus de deux millions d’individus qui auraient été arrachés à leur terre natale et déversés sur d’autres continents.


Les érudits qui lisent les vieux livres ne voyagent guère, et les voyageurs
qui vont étudier directement le terrain ne lisent pas.
Léon C a h u n , Introduction à la
traduction française des Voyages
d'Édouard Lopez.

LA PREMIÈRE TRAVERSÉE DU KATANGA EN 1806

photo : Pombeiros e carregadores ostentando dentes de marfim de lei, em frente à loja do "armador"

Dans l’histoire de la colonisation, les Portugais occupent, depuis le début du XV e siècle, une place de choix. En Afrique, tout particulièrement, ils furent les premiers a installer des relais sur la longue route des Indes par le Cap. Ces relais, devenus rapidement des comptoirs commerciaux, servirent de base de départ a la pénétration vers l ’intérieur du continent.

Aussi la primautés des traversées de l ’Afrique centrale revient-elle sans conteste aux Portugais (1). Les voyages retentissants de David L iv in g s t o n e a travers le continent africain, avaient rejeté dans l’ombre les réalisations antérieures des Portugais. En 1878, le P. J. B r u c k e r réagit contre l’opinion, généralement répandue a son époque, que c’était a L iv in g s t o n e , donc aux Anglais, que revenait l’honneur de la première traversée du continent noir (2). Une dizaine d’années plus tard, P. B a r r e se faisait l ’avocat de la même cause (3).

I l semble bien que cette mise au point était nécessaire, puisqu'on voit un A.-J. W a u t e r s , généralement assez objectif, ne pas tenir compte, dans sa chronologie des traversées de l 'Afrique centrale, de l 'œuvre des Portugais, antérieure aux voyages de L iv in g s t o n e (1). Or, une cinquantaine d'années avant le missionnaire anglais — et W a u t e r s le savait (2) — deux mulâtres au service des Portugais de l 'Angola, les Pombeiros Pedro Joao Baptist a et Amaro J o sé , avaient traversé le continent africain d'Angola au Mozambique (3). Partis du comptoir de Cassange, en novembre 1802, les Pombeiros parvinrent à Tete, le 2 février 1811, après avoir parcouru les territoires soumis aux Lunda et une grande partie du Katanga méridional. Ce fut la première traversée de l 'Afrique centrale (4). Le voyage des Pombeiros fut évoqué, dès 1824, par l 'Anglais T. E. B o w d ic h (5) et, l 'année suivante, par le Portugais J. C. Feo Ca r d o z o (8). Signalons que plusieurs extraits de l ’ouvrage de Ca r d o z o furent traduits dans un livre de J. J. M o n t e ir o (publie a Londres en 1875) (l).

La relation du voyage des Pombeiros, telle que nous la livrent les auteurs précités, n’est pas conforme a la réalité. Nous verrons bientôt ou pèche leur récit. De toute façon — est-ce voulu ou non ? — ils ne font pas allusion au journal de route des Pombeiros. Ce dernier, ainsi que les documents s’y rapportant, furent publies, en 1843, a Lisbonne, dans les Annaes maritimos e coloniaes, sous le titre Exploracoes dos Portuguezes no interior d’Africa meridional (2). Les originaux et les copies de ces documents etaient alors la propriete de D. Francisco S. Luiz, cardinal de Lisbonne, président de la Commission de Rédaction de l ’Association maritime et coloniale.

En 1845, le géographe anglais W. D. Co o l e y prit connaissance de ce journal de route et le résuma, avec quelques commentaires, dans une étude intitulée The geography of N ’Yassi (3).

Trente ans plus tard, B . A. B e a d l e , chancelier au consulat portugais de Londres, traduisit en anglais les documents portugais précités, qui furent publies, en 1873, par les soins de la Royal Geographical Society, dans un recueil intitule The Lands of Cazembe. Cet ouvrage comportait aussi une traduction des voyages du Dr L a c e r d a , annotée par le capitaine R. F. B u r t o n , ainsi qu’’un résume, par le Dr C. T. B e k e , de l ’expédition de M o n t e ir o et G a m it t o (4).

C’est grâce au journal de route des Pombeiros et aux documents officiels qui l ’accompagnent qu’’il est possible de reconstituer la chronologie de la première traversée de l ’Afrique centrale et des faits qui se rapportent directement a cette expédition.

A la fin du X V I I I e siècle, la couronne portugaise émit le vif désir de voir ouvrir une route terrestre, a travers l ’Afrique, entre ses possessions d’Angola et de Mozambique, de manière a faciliter l ’échange de nouvelles et de marchandises et a promouvoir l ’évangélisation des peuplades du Centre africain. L ’un des plus zélés initiateurs de cet ambitieux projet était le prince Jean d e B r a g a n c e , qui exerçait les hautes fonctions de régent du royaume depuis le 10 février 1792, la reine M a r ia étant physiquement de régner (1).

Les expéditions devaient avoir lieu simultanément de l ’Est et de l ’Ouest. Du cote oriental, la mission fut confiée, le 12 mars 1797, au Dr Francisco Jose Maria d e L a c e r d a , savant mathématicien, astronome et naturaliste. Nomme peu âpres gouverneur des Rios de Sena, dans la capitainerie de Mozambique, L a c e r d a organisa son expédition et quitta Tete le 3 juillet 1798. Il allait atteindre Kazembe, au Sud du lac Moero, lorsqu’’il mourut d’épuisement, le 18 octobre 1798 (2).

La recherche d’une route reliant l ’Angola aux bouches du Zambeze fut alors entreprise par l ’Ouest. Pour mener a bien la mission a laquelle le prince régent attachait une extrême importance, Fernando Antonio Soares d e N o r o n h a , qui fut capitaine-général d’Angola de 1800 a 1806 (3), fit appel a Francisco Honorato d a Co s t a , ancien lieutenant-colonel de la Milice, directeur du comptoir de Cassange.

Ce dernier organisa une caravane qu’il mit aux ordres de deux de ses meilleurs Pombeiros, Pedro Joao B a p t is t a et Amaro (ou Anastacio) J o s e , qui quittèrent Cassange a la fin du mois de novembre 1802 (‘J. Il importe de faire remarquer ici que les auteurs cites plus haut, B o w d ic h et Cardozo (2), ont attribue le mérite de cette initiative au successeur de Fernando de N o r o n h a , le capitaine-général Antonio d e Sa l d a n h a d a G a m a . Or, ce dernier ne gouverna l’Angola que de 1807 a 1810, alors que les Pombeiros de d a Costa — les documents en font foi — commencèrent leur voyage des la fin de l ’année 1802. La cause de cette confusion — voulue ou non — doit setrouver dans les déclarations d’Antonio d e Sa l d a n h a d a G a m a lui-même, duquel B o w d ic h dit tenir ses informations

(3). Le gouverneur de l ’Angola a voulu sans doute s’attribuer, âpres coup, le mérite de la réalisation d’une œuvre commencée sous son prédécesseur, mais dont, a l ’époque ou il résidait a Loanda, on ignorait si elle avait pu être menée a bien. Il est permis de s’étonner que cette confusion persistechez Ca p e l l o et I v e n s

(4) et, en 1929 encore, chez A. d e L em o s

(5), alors que le Portugais D. Jose d e L a c e r d a avait écrit, des 1867, que le voyage des Pombeiros fut entrepris a l ’initiative de D. Fernando d e N o r o n h a

(6). Partis donc de Cassange, a la fin de novembre 1802, les deux Pombeiros furent longtemps retenus chez le chef Bumba. Averti de leur mésaventure, F. H. da Co st a leur fit parvenir, le 11 novembre 1804, du ravitaillement et des marchandises, ainsi qu’’une lettre destinée au gouverneur des Rios de Sena. En 1805 —
on peut difficilement préciser a quelle époque de l ’année — Bumba permit enfin aux Pombeiros de poursuivre leur route. C’est au début de 1806 que les deux mulâtres parvinrent a la résidence du Mwata-Yamvo, grand chef des Lunda (1).

(') Voir à ce sujet G. L e G e n t i l , Serpa Pinto, in : Les techniciens de la colonisation (Paris, 1946, pp. 297-298).

(a) Père J. B r u c k e r , Découvreurs et missionnaires dans l 'Afrique centrale au XV Ie et au X V I Ie siècles (Études religieuses, Lyon-Paris, X X I Ie année, V Ie série, t. I, juin 1878, n° 6, pp. 789-790). — Dès 1872, le Français H. Duv e y r i e r avait attiré l 'attention des milieux savants sur l'importance du voyage des Pombeiros (Les explorations de Livingstone dans la région des lacs de l 'Afrique orientale. Bull, de la Soc. de Géographie, Paris, 1872, p. 339).

(3) Voir notamment un article de cet auteur, intitulé : A prioridade dos exploradores portuguezes nas travessias africanas (Revista portugueza colonial e maritima, Lisbonne, vol. I, 1898, pp. 146-148).