Le projet de plaque commémorative à MONS

Lettre ouverte a Mr Elio di Rupo

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Le projet de plaque commémorative dédiée à Patrice Lumumba. 
Le projet d’une rue ou d’une place dédiée à ce personnage, dans les mois qui viennent.

Monsieur le Bourgmestre,  
Mesdames et Messieurs les échevins,  
Mesdames et Messieurs les Conseillers communaux,

Nanfurnal, le 15/02/18

C’est en tant qu’ancienne du Congo Belge puis du Congo indépendant que je prends la liberté de vous adresser cette lettre. J’ai vécu dans ce pays de 1951 à fin 1961. J’ai connu la période coloniale, l’Indépendance et l’après-Indépendance. Mon mari, géomètre à la Compagnie des Grands Lacs ou C.F.L., actuelle S.N.C.C., avait été engagé pour étudier un tracé afin de créer une ligne de chemin de fer. Nous avons vécu plusieurs années en brousse, sous la tente, avec les trois enfants qui nous étaient nés durant cette période. Nous nous trouvions alors loin de toute civilisation, mais très proches des Congolais dont les enfants étaient les petits compagnons de jeu des nôtres. La vie était paisible, et nous vivions en toute confiance les uns envers les autres. Les Congolais nous avertissaient des dangers de la brousse et, de notre côté, nous leur apportions notre aide en petits soins médicaux, transport d’un malade… À leur demande - assez fréquente - nous assistions également à leurs palabres.

Nous avons ensuite vécu à Kindu, Albertville et Bukavu, où nous nous étions installés à notre compte, et où s’est terminée notre vie africaine.

Au fil du temps, les mentalités du passé évoluaient. La notion du droit que possède chaque pays à disposer de lui-même et à se gérer faisait son chemin dans les consciences européennes. Des Africains évoquaient l’idée d’Indépendance. En 1946-47, Monsieur Kasavubu qui devait devenir plus tard le premier Président du Congo Indépendant, avait déjà revendiqué l’appartenance de ce vaste territoire à leurs premiers occupants. En 1955, le professeur Van Bilsen proposait de leur accorder l’indépendance, mais évaluait à 30 ans la préparation de cette transition

Ceci fut repris dans le manifeste publié en 1956 par la revue « Conscience africaine » sous la direction de monsieur Joseph Iléo. Ce manifeste a connu un retentissement considérable et, profitant de sa parution, Monsieur Kasavubu (qui avait réclamé cette indépendance dès 1946-47) l’exigea immédiatement.

Patrice Lumumba ne fut donc pas le seul père de l’Indépendance.

Je sais bien que de nos jours, on a tendance à réécrire l’histoire. Patrice Lumumba est considéré au Congo comme une sorte de saint ou de martyr. Il n’est pas une ville dans ce pays qui n’ait une rue, une avenue ou un boulevard à son nom. Je sais aussi qu’il est malvenu de faire montre d’esprit critique face à l’icone qu’est devenu ce personnage. Il n’en reste pas moins qu’un regard objectif et documenté sur lui (et sur cette période) devrait présider à l’idée saugrenue d’installer à Mons une plaque commémorative à la mémoire (ou devrais-je dire « à la gloire » ?) d’un personnage dont les historiens sérieux donnent une image moins admirable.

Mais ce qui m’atterre dans votre proposition d’honorer la mémoire de cet homme est qu’il fut loin d’être le héros que l’on voit en lui aujourd’hui. Il ne fut pas non plus un ami de la Belgique, c’est le moins que l’on puisse dire. Je me demande d’ailleurs à quel titre un monument devrait lui être élevé sur le sol belge. Pourquoi ne pas envisager aussi un buste à la gloire de Fidel Castro, voire à celle de Lénine ou de quelque autre prétendu « libérateur » de son peuple ? Et cela en un temps où, à Bruxelles, l’on a récemment vandalisé et déboulonné un buste de Léopold II à Anderlecht, alors même que les monuments à la mémoire de Stanley (à Kinshasa) et à celle d’Albert Ier (à Kalemie, ex-Albertville) ont depuis belle lurette été détruits…

Laissez-moi vous rappeler quelques éléments qui, me semble-t-il, devraient dissuader un bourgmestre belge de glorifier un tel personnage.

Le jour des cérémonies publiques de l’Indépendance, le discours imprévu de Lumumba, impromptu, incroyablement mensonger et haineux envers la Belgique, amalgamant le social et le racial, faisant l’impasse totale sur tout ce que Blancs et Noirs ensemble avaient réalisé, excita et désorienta les foules et fut sans nul doute l’une des causes du chaos dans lequel allait sombrer son pays. Les graines des troubles futurs étaient semées.

L’après-midi, à l’occasion d’un toast privé, le même Patrice Lumumba sans plus aucune allusion à cet « humiliant esclavage » qu’il avait dénoncé publiquement le matin même, rendit un hommage vibrant au roi des Belges et au « noble peuple qu’il représente pour l’œuvre et l’édification d’un Congo moderne, créées ici pendant trois quarts de siècle ». Il termina en souhaitant une collaboration durable et féconde entre les deux peuples…

Que se serait-il passé pour le Congo s’il avait inversé les séquences, c'est-à-dire s’il avait publiquement remercié la Belgique pour les réalisations accomplies (qui en effet permettaient à son pays de se situer à un niveau de partenariat élevé avec d’autres puissances étrangères) et, partant de là, galvanisé les foules pour mener le pays à la paix, la prospérité, la grandeur pour ensuite, l’après-midi et en privé, déverser ses rancœurs ?

Hélas Patrice Lumumba n’était pas comme cela. Déjà, lors de meetings précédant l’Indépendance, suivant une méthode de plus en plus rodée, il déversait le chaud et le froid, dénigrant les Européens pour les encenser l’instant d’après en fonction de ses propres besoins. Rappelons-nous qu’en avril 1959 à Ibadan (Nigeria) lors d’un séminaire pour la liberté de la culture, il annonçait sa lutte pacifique pour obtenir l’Indépendance tandis que cette même année, fin 1959, lors d’un Congrès à Stanleyville, il annonçait que le Gouvernement « fantoche » qui serait mis en place par les Belges (???) lors de l’Indépendance serait renversé. Rappelons-nous son appel aux populations « opprimées » pour se mobiliser. La réunion se termina aux cris de « Frappez les Blancs ».

Il était excessivement dangereux car violent, changeant, incontrôlable et considéré comme menaçant à cause de ses sympathies communistes (c’était l’époque de la Guerre Froide et de tous les dangers) à qui il demandait de l’aide.

De plus, sa grille personnelle d’interprétation des évènements lui faisait trop souvent suspecter de sombres complots, de noires machinations qu’il utilisait pour fanatiser à son profit les masses populaires.

Comme on le sait, les conflits commencèrent dès la première semaine de juillet et cela ne s’arrêta plus. Plus tard, Lumumba créa sa propre troupe de soldats et attaqua, ville après ville, ceux qui ne le suivaient pas et ne possédaient pas la carte d’adhésion à son parti, le MNC. Partout où il passait, le sang coulait. C’est ainsi qu’une grande partie de la population de Bakwanga, capitale du Sud-Kasaï, fut, en août, littéralement massacrée. Les coups de théâtre se multipliant, Monsieur Kasavubu annonça à la radio nationale début septembre qu’il destituait Patrice Lumumba à cause de son extrême violence et de ses atteintes aux libertés individuelles. En représailles, celui-ci quelques heures plus tard déclara déchu le chef de l’État. Le Colonel Mobutu remit de l’ordre et Patrice Lumumba fut arrêté, placé en résidence surveillée et, au terme d’autres péripéties graves et importantes, fut envoyé par le Gouvernement Central du Congo Indépendant au Katanga où il trouva la mort. Mort violente mais hélas semblable à celle de tant d’autres Congolais, aujourd’hui encore.

Pour tous les Congolais que j’ai connus à cette époque et pour tous ceux qui ont été massacrés par les troupes de Lumumba et par les « jeunesse lumumbistes », je m’insurge contre la commémoration de leur assassin.

Pour tous les Congolais vivant actuellement en Belgique et que l’on maintient pour je ne sais quelle raison dans l’ignorance de l’histoire de leur pays, je m’insurge contre la commémoration de celui qu’à tort on considère comme un héros.

Pour mes enfants nés là-bas, dont le Congo est la terre natale, dont les premiers mots furent un mélange de kiswahili et de français, dont les premiers visages en dehors de ceux de leurs parents furent des visages noirs leur souriant, les consolant quand ils se blessaient, je m’insurge contre l’image mensongère de la colonisation qu’a donnée Patrice Lumumba lors de la déclaration de l’Indépendance. Comme tous les Belges vivant en Belgique, les coloniaux n’étaient ni des saints ni des démons, mais s’ils n’étaient pas des saints, ils ne coupaient pas les mains des indigènes, ils ne les frappaient pas, ils ne les tuaient pas, mais ils aimaient ce pays et ses habitants. Certes, des excès et des violences ont eu lieu, du fait d’individus et non du fait du « colonisateur » en tant que tel. Quant aux exactions et aux abus de la période où l’État indépendant du Congo était non une colonie mais la propriété personnelle de Léopold II, elles remontent à une époque qui, par définition, n’était pas celle de la colonie.

Je refuse qu’on trompe mes enfants en honorant la mémoire de Patrice Lumumba. Les Congolais eux-mêmes d’ailleurs ne méritent-ils pas mieux qu’un discours de Lumumba en guise de livre d’histoire de l’époque coloniale ?

Je sais que je suis ici la voix de bien des anciens du Congo aujourd’hui disparus, dont je me fais le porte-parole. Je suis en tout cas la voix de la vérité, d’une vérité que j’ai connue et dont je puis attester.

En vous remerciant de l’attention que vous aurez bien voulu accorder à cette missive, et dans l’espoir qu’elle vous poussera à revenir sur votre projet « lumumbiste », ou du moins à prendre conscience de ce que signifie ce projet, je vous prie d’agréer, Monsieur le Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les échevins, Mesdames et Messieurs les Conseillers communaux, l’assurance de ma respectueuse considération.

Christiane Blanjean

A titre d'info Christiane est l'auteur du livre "Les chemins du Congo"

La réponse de Mr Elio di Rupo et du bourgemestre de Mons est reçues entretemps a l'adresse de Mme Blanjean ...

 

 

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